3 questions à Vincent Brunner, journaliste et auteur de Rock Strips

Les dossiers BD

Après de brèves incursions dans le monde de la BD, Vincent Brunner a décidé de se lancer tête baissée dans l’aventure Rock Strips, recrutant dans la foulée 33 dessinateurs. Il n’en fallait pas moins pour s’attaquer à des légendes (toujours vivantes pour certaines) telles que les Rolling Stones, Iggy Pop ou Elvis le King !

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Pourquoi avoir choisi le format BD pour raconter l’histoire du rock ?

Déjà pour rappeler que la musique rock et la BD sont deux genres très liés. A la fin des années 60s Janis Joplin a jeté un pont en confiant la réalisation de la pochette de son album « Cheap Thrills » à l’illustrateur Robert Crumb. En France il y a bien sûr eu « Métal Hurlant » dans les années 70 où des dessinateurs comme Franck Margerin se sont penchés sur la culture rock. Il y a eu de longues années de galères pour la BD comme pour le rock’n’roll, considérés comme des arts
« underground » réservés à quelques marginaux. Il a fallu attendre les années 90s pour voir de la nouveauté avec le travail de Berberian et Luz notamment. A ma sortie du magazine Rolling Stones en 2007, l’idée de Rock Strips me trottait dans la tête. J’ai contacté Flammarion qui m’a dit en gros : « Fonce ! ». Au début j’avais seulement la liste d’une
dizaine de groupes qui me paraissaient incontournables et Luz qui voulait participer au projet… Je reconnais que Rock Strips est une deuxième historique puisque il y a déjà eu Rock Cartoon sur le même concept. Mais la démarche est tout de même différente car de deux planches par artiste on est passé à six !

Ça n’a pas été la guerre pour répartir trente pointures du rock entre les différents dessinateurs ?

C’est simple j’ai appliqué la règle du premier arrivé, premier servi ! Non, sérieusement, à part une ou deux exceptions, tout le monde a eu ce qu’il voulait. Il y a ceux qui voulaient vraiment s’exprimer sur un groupe en tant que fan, ceux qui avaient un genre musical de prédilection comme Riad Sattouf qui a demandé à avoir un truc « métal » et d’autres qui voulaient broder à partir d’une anecdote précise (la pochette d’un album rock, la réputation de tombeur du premier chanteur d’AC-DC…). Ensuite d’autres ont eu une véritable expérience passionnelle avec un groupe comme Berberian et Janis Joplin, Luz avec le chanteur de LCD Sound System et le choix s’est donc opéré naturellement.

A quoi peut bien servir un journaliste parmi une armada d’illustrateurs ?

En gros je n’ai pas souvent joué au journaliste, à part peut être pour répondre à Rupert et Mulot (ndlr : les auteurs de l’histoire sur Elvis Presley) qui me demandaient la mort la plus glauque de l’histoire du rock. Pour le reste j’ai enfilé la casquette de directeur d’ouvrage. Concrètement cela veut dire laisser carte blanche aux artistes tout en leur fixant certaines limites. Par exemple j’ai essayé d’éviter que les dessinateurs se contentent de mettre des chansons en image. Pour d’autres j’ai été conseillé afin que l’histoire tienne bien en 6 planches et pas en 20. Mais l’essentiel c’était que l’illustrateur puisse laisser libre cours à sa créativité même au risque de désorienter le lecteur. Enfin directeur d’ouvrage ça a surtout été rédiger les textes sur chaque groupe en essayant de coller à l’univers du dessinateur sans trahir celui du musicien. L’alchimie semble fonctionner, d’après Flammarion. Bien sûr il y a eu des sacrifiés en route, autant du côté des groupes que des dessinateurs d’ailleurs. Ca fait sans doute assez de matière pour un Rock Strips volume 2…

Propos recueillis par Ludovic Fery

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