Avec 1963, Moore revisite l’univers Marvel des débuts !!

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Il est probable que le jeune Alan Moore ait découvert à l’âge de dix ans ses premiers comics Marvel en 1963. DC et son concurrent émergent ont toujours livré quelques palettes de comics au Royaume-Uni, il suffisait d’y rajouter un cachet en shillings ou d’écrire le prix anglais à la main, le travail était quand même plus compliqué dans les pays européens non-anglophones qui nécessitaient adaptations et traductions. 1963, c’est aussi l’année du développement de l’univers super-héroïque créé par Stan Lee, avec les aides très importantes de Jack Kirby et de Steve Ditko. Après le succès inattendu des Fantastic Four et du Mighty Thor publié dans Journey into Mystery, Stan Lee apparaît comme le sauveur d’un éditeur de comics au bord du dépôt de bilan. Muni de la bénédiction du PDG de l’époque, il lance donc de nouveaux personnages, dans de nouvelles séries ou en remplacement des petites histoires d’horreur qui paraissent dans les anthologies comme Strange Tales, Tales of Suspense, Tales to Astonish, Journey into Mystery. L’éditeur est limité en nombre de titres diffusé (huit par mois), mais à part pour Hulk, recalé par le public lors de sa première tentative, l’accueil du public est très favorable. Les titres pour le jeune public féminin sont donc remplacés peu à peu par de nouvelles séries de super-héros, tout comme les comics de western. En 1963, les Fantastic Four ont été rejoints par les Avengers, X-Men et Spider-Man. Les raisons de ce succès sont multiples : il peut y avoir une lassitude des lecteurs pour des titres comme Superman et Batman, dont les parutions chez DC tournent en cercle fermé, grâce à de bonnes astuces scénaristiques. Green Arrow, Flash et Wonder Woman bénéficient également d’une longue et vénérable histoire, aux odeurs de naphtaline. En comparaison, les histoires imaginées par Stan Lee apparaissent fraîches et passionnantes, et permettent au lecteur d’éprouver de l’affection pour le héros. Peter Parker est un binoclard fort en thème, donc en butte à ses camarades de lycée. Dans un épisode historique de leurs débuts, les Fantastic Four ont du mal à payer leur loyer. Les X-Men sont un groupe de jeune mutants, obligés de cacher leurs pouvoirs, leur leader télépathe circule en chaise roulante et l’alter ego du puissant Thor est un médecin boiteux, Daredevil est aveugle, et Iron Man souffre de problèmes cardiaques. On est très loin de la quasi-invulnérabilité des super-héros concurrrents! De plus, Stan Lee (qui co-écrit la grande majorité des titres ; dans certains cas, il se contente en fait de dialoguer, après avoir éventuellement fourni un résumé d’une page) veille à la cohésion de cet univers, où les événements du mois ont des répercussions dans les titres qui suivent. Et les pages de rédactionnel dégagent une impression conviviale de sympathie, renforcée par la mise en lumière du nom des dessinateurs, et un enthousiasme très communicatif. En 1993, Alan Moore écrit donc pour Image la mini-série 1963 dans laquelle il rend ouvertement hommage à cette période de son enfance, ce qui n’interdit pas quelques sarcasmes. Six comics en tout, illustrés par ses vieux complices de Swamp Thing (Rick Veitch, John Totleben et Steve Bissette, avec lesquels il a beaucoup travaillé), mais aussi Dave Gibbons à l’encrage (une prestation modeste en comparaison du phénoménal Watchmen!), avec également Chester Brown et Don Simpson. En bonus, on retrouve un des sept fondateurs d’Image, Jim Valentino au dessin d’une brève histoire. Six numéros en tout ! Les auteurs modernes imitent le style graphique des débuts du Silver Age, et Moore s’offre le plaisir de brocarder l’emphase et les allitérations du Smiling Stan de l’époque, remplacé ici par Affable Al! Les personnages mis en scène en rappellent d’autres familiers. Tiens, Horus, c’est en quelque sorte un Thor égyptien ? Mystery Incorporated fait penser aux Fantastic Four, The Fury évoque Spider-Man , U.S.A. ressemble à Captain America, avec son costume étoilé bleu-blanc-rouge, etc. Tout cela est complété par un appareil éditorial factice : courrier des lecteurs enthousiastes, page de l’éditeur, fausse publicités mensongères. Et reste bizarrement inédit en France. Car cette mini-série n’a pas eu de chance : dans l’esprit structuré de son scénariste, il s’agissait à terme de faire voyager dans le temps tous ces personnages, réunis dans The Tomorrow Syndicate, jusqu’à la période de réalisation de ces comics, c’est à dire 1993. Là, ils devaient en principe « rencontrer » les personnages Image, et l’ évènement devait donner lieu à un spécial de 80 pages, dessiné en principe par Jim Lee des Wildcats. Ecrit à moitié par Moore, ce comics ne fut jamais publié, tout comme le 1963 ½ qui devait sortir chez Kitchen Sink. Jim Lee prit le prétexte d’une année sabbatique pour différer ce projet, ensuite les désaccords liés à la gestion d’Image y mirent une terme. C’est peut-être la raison pour laquelle ces comics ne furent jamais traduits en France. Si vous lisez l’anglais, on ne peut que vous conseiller de vous les procurer, ils valent le prix d’un comics neuf de la semaine. Ou alors, harcelez de requêtes vos éditeurs-imprimeurs favoris de traductions…. Cela leur donnera peut-être des idées.

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