BD Livre : Petite histoire de la chute du communisme

Les critiques BD
  • Plantu & Daniel Vernet
  • Editions du Rocher ©

  • Plantu est-il oui ou non un dessinateur engagé ? Certes, ses hirondelles dessinées sur la façade de la rédaction du Monde nous rappellent sa défense ardente de la liberté d’expression. Mais d’un autre côté on connaît le personnage médiatique comme un illustrateur en proie à l’autocensure, dont le travail se plie à la ligne sévère du quotidien le plus lu de France. Plantu fait-il encore le poids face à des mines aussi poil à gratter que celles d’un Charlie Hebdo ou d’un Siné Hebdo ? Il était peut être temps d\’un retour en arrière pour nous rappeler l\’arrogance des premiers traits. A l’heure où le paquebot du capitalisme commence à prendre l’eau, Plantu nous rappelle avec cette « Petite histoire de la chute du communisme » comment l’étoile rouge a bu la tasse (et surtout comment la Communauté internationale a accéléré sa chute).Ne vous attendez donc pas aux premiers croquis de Sarkozy coiffé de ses fameuses cornes, ce qu’on raconte ici c’est l’Histoire avec un grand H (1989-2009). Le dessin de presse peut faire rire, pleurer, écœurer… sa première vocation reste toujours d’informer, d’analyser, de donner au lecteur un point de vue critique.L’humour n’est que la touche finale de l’illustrateur car il doit avant tout faire preuve d’une grande rigueur : des caricatures réussies (Chirac, Mitterrand, Boris Eltsine), des personnages récurrents et symboliques (l’Alsacienne, le tyrolien) et surtout une grande précision dans le trait,qui rend chaque dessin ou presque publiable. C’est ce talent particulier de pouvoir transposer une idée directement sur le papier, sans bavures ni ratures, qui a permis à Plantu d’imposer son style. Mais Plantu, c’est aussi une envie, presque journalistique, d’en découdre avec l’actualité : dénoncer l’hypocrisie des politiques, clamer son scepticisme à propos d’un évènement majeur (la chute du mur de Berlin l’a beaucoup inspiré), la volonté de démêler le vrai du faux. L’immobilisme des Français face à la tyrannie des pays de l’ex-URSS (le génocide russe des Tchétchènes, les purges de Milosevic), la récupération économique de la chute du communisme avec la création de la monnaie unique… ces 20 dernières années Plantu a eu matière à croquer. Sans oublier une certaine dose d’autodérision : conscient des limites de sa profession, Plantu n’a pas épargné non plus les journalistes, incompétents à force de devoir tout traiter dans

    l’urgence et déjà obnubilés par le fait divers (on pense à ce croquis d’un reporter missionné en plein bombardement à Belgrade, qui demande la tête de l’auteur de l’incendie de la paillote corse « Chez Francis »). Car l’urgence, c’est aussi le lot quotidien de l’illustrateur de presse.

    Quelques heures de croquis à peine avant de rendre la bafouille qui va illustrer la Une toute chaude d’une star des kiosques… Chapeau Plantu !

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