BD : Spirou et Fantasio – Le Groom vert-de -gris

Les critiques BD
  • Schwartz & Yann
  • Dupuis ©

  • Une double critique pour cette bd, preuve de son importance !

    1942, la botte nazie écrase Bruxelles d’une main de fer dans un casque d’acier ! Le Moustic Hôtel est devenu le quartier général de la Gestapo. Spirou, qui y travaille comme groom, est entré dans la résistance. Il communique par émetteur radio des informations vitales au chef des maquisards. Mais, les nazis font tout pour le repérer. C’est alors qu’il assiste à un spectacle inhabituel: une arme secrète fait exploser de façon inexpliquée une escadrille de bombardiers allemands. De son côté, Fantasio travaille comme journaliste au Soir volé. Plus loin, Spirou apprend qu’un piège va être tendu aux résistants. Il prévient son contact. Mais, les allemands écoutent la transmission et capturent les maquisards. Au fil des événements tragiques ou amusants, le mystère va en s’épaississant… Cette histoire se déroule  en des temps difficiles et graves. Pourtant, Yann réussit à nous faire partager des moments de pure drôlerie. Les gags et les jeux de mots pleuvent. Les rebondissements se succèdent à un rythme infernal. Les trouvailles scénaristiques s’enchaînent à grand allure. Le scénario est dense, compact et dynamique. Il mérite plusieurs lectures tant Yann y a mis d’allusions et de références. Les dialogues sont savoureux et succulents, teintés de patois bruxellois. Les clins d’?il aux grands maîtres du 9ème Art parsèment tout l’album. Ainsi, on croise Poildur, Quick et Flupke, Bob Fish, Le jeune Albert, Hergé, Jacobs, Chaland, Lambique, Jérôme et Sidonie. Dans un style proche de celui d’Yves Chaland et de Jijé, Olivier Schwartz fait merveille. Avec un sens inné du découpage, son graphisme superbe à la fois fouillé et limpide lui permet  de rendre l’essentiel et les détails les plus infimes. La reconstitution historique de l’époque est une réussite.

    Une des meilleures aventures du célèbre groom qui se dévore d’un trait ! Jubilatoire !

    Marc Bauloye

    Il existe parfois des histoires qui effacent toutes les autres. Cette nouvelle aventure de Spirou et Fantasio fait partie de ces diamants rares.

    On retrouve Bruxelles sous l\’occupation nazie. Fantasio est devenu journaliste, ou plutôt archiviste, pour le journal Le Soir, devenu outil de propagande des occupants. Spirou de son côté est toujours groom de l\’hôtel le Moustique réquisitionné par la Gestapo. Les nazis commencent toutefois à avoir quelques soucis. Leurs flottes aériennes essuient régulièrement l’attaque d’un ennemi invisible à chaque survol de Bruxelles. On découvre plus tard que Spirou fournit de précieux renseignements (glanés dans les couloirs de l’hôtel) aux résistants belges. Quant à Fantasio, c’est par pur hasard qu’il va s’engager dans la résistance, au départ en hébergeant les pilotes de l’armée de libération. Nos deux compères vont devoir affronter un ennemi froid et dépourvu d’humanisme.

    Le scénario est très bien construit. Loin de mettre Spirou au Panthéon des héros, Yann le met dans une situation inconfortable, en jeune novice de la résistance, manipulé par des maîtres du mensonge. Ce défaut le rend particulièrement humain. On retrouve aussi des véritables clins d’œil adressés aux connaisseurs de la vieille époque. Par exemple la discussion réelle des résistants sur la possible condamnation d\’Hergé qui continua durant l\’occupation de faire publier ses histoires de Tintin dans le journal Le soir volé. La scène avec Fantasio devant un ordinateur de classement de document qu\’il nomme IBM. IBM avait effectivement créé pour les Nazis un ordinateur capable de stocker des milliers de fiches sur les citoyens des pays occupés. Je finis par la courte mais mémorable scène de Fantasio aux prises avec un boucher qui tente de faire traverser son jambon à l’autre bout de la ville dans des valises. Pour les néophytes il s\’agit d\’une parodie d’une scène de La traversée de Paris, film datant de 1956 avec Bourvil, Gabin et de Funès. Un grand moment !

    Schwartz au dessin se trouve être lui aussi rempli de talent. Le style est différent de celui de Bravo qui fit le dernier album portant sur la même époque. Pourtant, le sujet est bien différent de celui du Journal de l\’ingénu. C’est peut être la patte belge qui nous fait oublier un court instant que tout cela a bel et bien existé. Peut-on passer outre cette scène où Spirou croise une jeune fille portant l\’étoile jaune avant qu’elle ne disparaisse dans un train à la destination inconnue ? Le dessin de Schwartz, entre esprit cartoon et réalisme, nous convainc de ne pas prendre l’histoire à la légère.

    Un petit mot pour Laurence Croix qui s\’est chargée des couleurs. Cela n\’a pas dû être facile, mais le résultat est à la hauteur, et ravira sans aucun doute le lecteur.

    En conclusion, cet album est grand, et pas seulement par la taille. Le comportement des résistants comme des collabos, la chasse à la nourriture avec des carnets à points, les hommes qui ont caché chez eux des espions comme des juifs, des crapules en tout genre qui ne se sont

    pourtant pas laissés corrompre par l’occupant, l\’inquiétude montante face à la menace rouge… tout cela parait terriblement authentique. Et pourtant, tous les ingrédients qui ont fait de Spirou une fiction à succès sont bien présents. On aime, on adore et je ne suis pas loin de penser qu\’il s\’agit de la bd de l\’année.

    Georges Fernandes

     

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