BD : Thérèse des Dragons Récit de campagne napoléonienne

Les critiques BD
  • Karl .T & Damien Marie
  • Vent d’Ouest ©

  • L’histoire débute en plein cœur de la Révolution, du côté de Marseille quand le bruit et la fureur de la république grondent et envahissent la France. La jeune Thérèse rêvait d’un mariage avec son camarade d’enfance Clément et de Mythologie. Elle se retrouve avec une belle-mère peu regardante sur la bouteille et les hommes de passage. À la mort de son père, boutiquier royaliste, il est mort en refusant de pisser sur le portrait du roi. Elle se voit séparée de son petit ami pour plonger dans la vie active, sur la route d‘Avignon. Elle ne dansera pas sur le pont. Elle plonge dans le cœur de l’élite des Dragons pour affronter ses démons en pleine bataille devant le siège de Toulon. Commence la longue errance, de champ de bataille en champ de bataille, de soldats ivres de sang, de violence, de sexe, rongés par la guerre. Des remparts de Toulon, elle s’envole pour l’Italie, l’Espagne, Gênes, les pontons anglais et la bataille de Trafalgar. Elle plonge au cœur de la bataille, le cœur noué, l’âme en charpie surnommée « Sans Gêne » pour son caractère affranchi. Elle lutte contre le Minotaure qui hante ses nuits, ce long labyrinthe à parcourir jusqu\’à son amoureux. La quête s’achève aux portes d’Austerlitz, c’est dans la noirceur du champ de bataille qu’ils se retrouveront. Pour le reste, c’est une autre histoire que vous conteront peut-être les auteurs dans un second tome.
    Basé sur une histoire vraie largement arrangée, malgré quelques incohérences, le récit tient la route, même si nous aurions aimé plus d’ampleur. Les auteurs nous proposent une parabole amoureuse et onirique sur une histoire d’amour au cœur des champs de bataille de la révolution au début de l’empire. Dans un dessin réaliste précis, aux couleurs de feu et de sang, de brume et d’aurore, caresse des soleils naissants sur les visages. Le cadre semble un peu restreint, il tente parfois de s’affranchir du format classique, mais jamais n’ose et c’est dommage les pleines pages de bataille. C’est sans doute dû a la réduction en un album pour une saga qui pouvait faire l’objet de plusieurs tomes. L’époque napoléonienne se trouve peu adaptée en bande dessinée alors qu’elle est propice au récit épique et tragique. Le scénariste commence par une histoire sociale d’une jeune fille qui rêvait d’épouser son compagnon d’enfance et se retrouve avec une belle-mère digne des Thénardier. Ensuite nous plongeons au cœur des batailles et de la révolution qui gronde avec à ses portes les tyrans hurlant vengeance pour la mort de Louis XVI et la perte des privilèges. Évitons que cette idée d’égalité des citoyens ne fasse tache d’huile. Nous avons des doutes sur la véracité historique de l’histoire, les femmes se retrouvant souvent cantinières ou prostituées suivant la troupe. Quand elles rejoignaient les rangs des soldats, c’était dissimulées en garçons, les cas sont rares. Cela n’enlève rien à l’originalité de Thérèse Dragon, la fragilité au cœur de la horde de sang et de mort, d’abord pour survivre, et ensuite retrouver son amour. Nous trouvons excellente l’idée du Minotaure hantant toute sa quête. La mythologie retrouve un regain à cette époque, comme le conte, deux genres que nous pouvons associer à cette BD. Karl T ne se contente pas d’aligner des scènes de bataille, il montre le long cheminement de cette guerre qui finit par transformer notre jeune fille et la révéler à elle-même, quête initiatique où la véracité nous importe peu. C’est bien comment une petite fille fragile amoureuse devient une femme moderne gardant en son cœur ses rêves d’enfance. Conclusion c’est un album que nous vous recommandons il contient tout ce que nous aimons en bande dessinée.

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