Bob Morane fait parler de lui

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Les problèmes entre les éditeurs et les auteurs sont réguliers et portent souvent sur les montants des droits d’auteur, parfois sur la qualité des ouvrages et plus rarement sur les relations entre les deux parties. Par diplomatie l’éditeur ne crie pas sur la place publique qu’un auteur est imbuvable et ingérable. Le contraire se fait parfois, il est si facile pour un auteur de taper sur l’éditeur qui est d’office le grand méchant qui ce fait de l’argent facilement sur les auteurs… D’habitude l’éditeur laisse couler, ne répond pas. L’information passera ensuite lors des agapes entre éditeurs ou attachés de presse. Mais cette fois-ci il semble qu’un auteur soit allé trop loin dans sa manière d’être.  Afin de relancer la majestueuse série de Bob Morane, l’éditeur Le Lombard avait fait le choix sur un trio de talent : Dimitri Armand au dessin et Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray pour le scénario. Cette équipe nous a offert deux albums, « Les terres rares » et «  Le village qui n’existait pas » formant une histoire complète. Je ne vais pas en faire la critique ici, ce n’est pas le sujet mais le premier album a été vendu à 24.000 exemplaires, certains disent que c’est une réussite commerciale et d’autres disent le contraire, qu’avec plus de ressemblance avec Bob Morane l’album aurait pu en faire le double… Je vous laisse, à vous lecteurs, la libre réflexion.

La première flèche publique est venue d’Henri Vernes, le créateur de Bob Morane, qui écrit son mécontentement face à un scénario inexistant, dessin lourd, bâclé, décors grossiers, irrespect total du droit moral… Bref, il n’a pas aimé. Il est souvent difficile de savoir passer le flambeau. Au passage on apprend que les auteurs ont été virés. Drôle de communication qui ressemble à du règlement de compte.

Quelques jours après c’est au tour du scénariste Luc  Brunschwig d’écrire dans un forum sa vision de la situation : « Après une remise à neuf de BOB MORANE, une critique enthousiaste, 24.000 ex vendus du tome 1 et un démarrage tout aussi enthousiaste du tome 2, tant critique que commercial, les éditions du Lombard ont décidé de mettre un terme à leur collaboration avec Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray. Motif : scénario médiocre du tome 2, mise en danger de l’avenir du personnage et du potentiel commercial de la série. Les lecteurs nous avaient donné raison. Ils n’ont pas été entendus. La série se poursuivra avec une autre équipe scénaristique ».

C’est vraiment une situation rare. D’habitude quand un auteur ce fait viré, on fait l’annonce d’une envie de faire entre chose, d’un projet en cours qui demande beaucoup de travail et ne permet pas de continuer… Au moins Luc Brunschwig est honnête avec lui-même et les lecteurs. Mais ce n’est pas fini, voici que l’éditeur Le Lombard réagi et met en ligne le communique suivant :

« Suite à la publication sur Facebook par Luc Brunschwig d’un communiqué très ambigu qui met en cause les Éditions du Lombard, nous souhaitons donner notre point de vue par le biais d’un communiqué authentique.

Le Lombard a proposé en 2013 à Luc Brunschwig d’écrire un scénario pour la reprise du personnage de Bob Morane sous un angle neuf, plus réaliste et contemporain. Le projet s’appuyait sur un excellent dessinateur et un plan commercial et promotionnel très ambitieux. Luc Brunschwig a accepté la proposition et a proposé de travailler avec un coscénariste, Aurélien Ducoudray.

Au cours du développement très morcelé du découpage, nous avons émis diverses questions et observations. Justifiées ou non, elles méritaient au moins une discussion. Or, à d’incontournables exceptions près, aucun dialogue sur le déroulement du récit n’a pu être amorcé. Les échanges se sont généralement soldés par un refus catégorique d’entendre nos arguments, même les plus objectifs.

Le succès commercial a été au rendez-vous. Et c’est bien entendu la priorité pour un éditeur comme Le Lombard. Mais nous estimons aussi que notre travail doit être basé sur une relation de confiance et de respect mutuels avec les auteurs. Malgré nos efforts répétés pendant plus de deux ans, il a été impossible d’instaurer une telle relation. Nous avons donc décidé d’interrompre notre collaboration avec Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray. Elle se clôture après la publication de deux albums qui constituent une histoire complète. Cette décision ne remet nullement en question la grande qualité de ces albums. La série se poursuivra en 2018 avec Dimitri Armand au dessin et sera une suite directe aux tomes précédents. ».

Cela tourne au pugilat. Une chose est certaine, ils ne vont plus travailler ensemble de sitôt.

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3 comments

  • « il est si facile pour un auteur de taper sur l’éditeur qui est d’office le grand méchant qui se fait de l’argent facilement sur les auteurs…  » Cette phrase me semble un peu de parti pris. La sortie de Brunschwig est peut-être justifiée, ou peut-être pas complètement…Comment savoir? Pour être du métier, je peux vous dire qu’on peut effectivement trouver, chez certains éditeurs des comportements étranges, parfois peu cohérents, et un esprit du type: « j’édite, je te paie, donc je décide, et toi, tu la fermes ».

  • Bonjour Philippe. Merci d’avoir pris le temps de lire le papier et d’avoir écrit un commentaire. La phrase en question n’existe que pour faire des généralités. Normalement cette situation aurait dû rester privée et c’est, pour moi, la première fois qu’un éditeur attaque le comportement d’un auteur en public.

  • Bonjour Georges. Les réseaux sociaux changent un peu la donne. Pour ma part, j’ai découvert tout ceci en allant sur Facebook, il y a un groupe qui s’appelle « je suis auteur, artiste, créateur et j’ai mal au c… », Brunschwig y a recueilli une centaine de témoignages de sympathie, ce qui en dit long sur l’ambiance qui règne entre les auteurs et les éditeurs, par les temps qui courent. Il y a un malaise, c’est indéniable.

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