Entretien avec Christian Binet

Les dossiers BD

Incroyable: toutes les histoires qui composent IMONDERABLES viennent de la presse quotidienne…

Pour la plupart, oui. J’y suis abonné. Au début, je me disais que la rubrique « faits divers » me fournirait de la bonne matière. Mais le problème d’un fait divers, c’est qu’il est écrit et que l’histoire est généralement bouclée. Rien de pire pour un humoriste que de se trouver devant une histoire bouclée, à laquelle il ne peut plus rien ajouter! J’ai donc trouvé mon bonheur dans la page SOCIETE : un thème qui concerne tout le monde, un problème exposé et ouvert, sur la base duquel je peux broder tout ce que je veux. La bouffe contaminée d’une cantine, le chômage des seniors, l’obésité des enfants…: autant d’histoires possibles pour moi!

Certains des thèmes tirés du quotidien sont-ils plus difficiles à traiter?

J’avais envie de faire un truc sur les sectes, mais il m’a fallu un certain temps pour trouver l’angle. Et puis certains sujets sont là, tout prêts, attendant que j’imagine la manière amusante de les traiter. Mais elles ne s’intègrent pas forcément dans l’ensemble d’un album. Exemple: j’ai une histoire sur la maladie d’Alzheimer quasiment terminée mais que je n’ai pas encore pu utiliser dans les albums précédents. En fait, la lecture du journal me sert de point de départ. Je me dis « tiens, il y a là probablement matière à un sujet ». Ensuite, je me documente, je vais voir des forums sur Internet…Histoire de me faire ma propre opinion et de titiller mon imaginaire.

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Tu pars de sujets qui ne sont pas franchement rigolos au début, et tu en fais quand même des petites perles d’humour. Idem pour les personnages, qui sont des gros losers, sauf que tu les rends tellement attachants…

Moi j’aime les gens, je les côtoie au quotidien, je connais leurs difficultés de tous les jours. J’ai de la compassion pour tous ces personnages. Prenons la famille Caspani qu’on retrouve tout au long de cet album : la mère est autoritaire, le père aimerait bien l’être mais n’y arrive pas, ce qui ne l’empêche pas d’essayer d’éduquer son fils. Il est pitoyable mais il me touche… ce sont d’ailleurs mes personnages préférés dans ce tome 4.

L’autre particularité de cet album, c’est qu’après avoir exposé une série d’histoires courtes apparemment sans lien, on en retrouve tous les protagonistes dans une histoire finale.

C’est une idée qui m’est venue pendant la réalisation de l’album précédent (Des Déprimés). Je m’attachais aux personnages, et j’ai trouvé amusant de les retrouver en fin d’album. Je trouve ce télescopage assez jouissif, entre des personnages qui n’étaient pas censés se rencontrer.

C’est une écriture assez pensée, finalement…

Pour être très honnête, je passe généralement un mois à écrire un épisode… avant de le dessiner en quelques jours. Ce qui m’amuse, c’est de chercher, de peser chaque mot, un peu comme chez Feydeau (mon modèle ultime) où pas une virgule n’est inutile. Il m’arrive fréquemment d’essayer de supprimer une case, pour voir si sa disparition resserre et densifie le propos, ou au contraire si ça fout tout par terre. La bande dessinée, c’est une question de montage, une succession d’ellipses. Si on montre tout au lecteurs, il s’endort.

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Si c’est surtout l’écriture qui t’amuse, tu irais jusqu’à confier le dessin à un autre?

J’ai essayé, au début. Mais ça ne marchait pas: mon dessin fait partie de mon écriture, de mon style.

C’est pas facile de rire en faisant passer de l’émotion…

Moi, mes modèles, je les trouve beaucoup dans le cinéma, René Clair ou Frank Capra par exemple. Le mélange des deux relève d’une alchimie assez délicate. Mais d’un autre côté, l’humour permet de dire des choses avec sincérité, et même crûment parfois, ce qui n’est pas toujours le cas du drame qui cherche souvent à provoquer nos sentiments par des artifices, comme une belle musique en fond sonore ou une belle image.

Un mot sur la réédition des trois premiers tomes…

En fait, nous avons décidé, avec mon éditeur, d’unifier les deux PROPOS IRRESPONSABLES et les deux IMPONDERABLES dans une même collection, entièrement repensée et remaquettée par mon fils Sylvain. Je suis ravi de pouvoir donner une nouvelle vie à des albums auxquels je tiens beaucoup.

Et après?

Je vais probablement me remettre aux BIDOCHON. Je suis parti sur le thème d’Internet et je m’amuse bien à imaginer les différentes situations que rencontreront Robert et raymonde. Mais j’alternerai avec de nouveaux IMPONDERABLES.

Histoire à suivre dans FLUIDE GLACIAL

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