Entretien avec Paul Winkler, créateur du journal de Mickey en France

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« Quand le premier numéro du Journal de Mickey est sorti, en octobre 1934, je n’avais jamais rencontré Walt Disney. Je lui avais simplement demandé par lettre l’autorisation de publier un journal qui porterait lé nom de Mickey et fi m’avait répondu qu’il était d’accord. Je me suis dit qu’il serait tout de même bon que le lui montre le journal et j’ai pris le bateau pour New York, puis l’avion pour Hollywood qui mettait à l’époque 16 heures pour traverser les. États-Unis, alors qu’il en faut 8 peine la moitié aujourd’hui. Walt Disney n’était pas encore célèbre et commençait seulement à sortir de l’anonymat. C’était un homme enthousiaste et Il fut littéralement émerveillé comme un enfant d’avoir sous les yeux un hebdomadaire – le premier au monde – qui portait le nom du petit personnage qu’il avait Imaginé.»
LE PETIT QUI N’A PAS PEUR DES GRANDS
L’homme qui rappelle ainsi ses souvenirs avec autant de fraîcheur que si tout cela s’était passé hier, se nomme Paul Winkler. Il dirige aujourd’hui le grand quotidien France Soir mais la Journal de Mickey reste «Son» journal, celui qu’il créa il y a 44 ans et dont le succès ne s’est jamais démenti. Il fut aussi le premier en Europe à comprendre ce qu’était Mickey et il contribua fortement à l’immense popularité qu’il devait acquérir. « En 1834 donc, le ne connaissais pas Walt mais, par contre, le connaissais bien Mickey. J’avais vu les premiers films dont il était le héros et j’avais trouvé que l’animation était très en avance sur ce qui existait déjà dans ce domaine. Par ailleurs, dirigeant Opera Mundi, une agence de création et de presse qui distribuait des bandes dessinées aux journaux, J’avait cédé au quotidien Le Petit Parisien en 1930, 1a bande dessinée quotidienne Mickey qui paraissait dans de nombreux journaux américains. De plus, en 1931, j’avais élaboré avec la Librairie Hachette une série d’albums Mickey qui avaient eu un grand succès.
« Mickey était donc déjà pour moi en 1934 un personnage dont je connaissais les qualités telles que Wall les avait imaginées. Il était gai et amusant mais, surtout, c’était « le petit qui n’a pas peur des grands » et qui défend les bonnes causes sans se soucier des périls auxquels il va s’exposer.
ÉDITEUR MALGRÉ MOI !
« L’idée de lancer un journal de jeunes m’est venue en 1933. A cette époque, il n’y avait que ce que l’on appelait des « Illustrés »  c’est-à-dire des magazines conçus essentiellement pour des enfants et qui n’avaient pas de gros tirages. Or, J’avais la certitude que l’on pouvait intéresser un beaucoup plus grand nombre de lecteurs à condition de lancer un journal gai et distrayant qui ne s’adresserait pas seulement à des enfants mais à des jeunes. Creusant cette idée, Mickey m’apparut tout désigné pour devenir l’animateur d’un journal qui appliquerait cette formule, car sa présence sur les écrans commençait à attirer dans les salles des spectateurs de tous âges qui avaient un point commun: la jeunesse d’esprit.
« En réalité, je ne pensais pas produire ce journal moi-même mais convaincre un éditeur de mes idées. J’avais réalisé une maquette du journal tel que je l’imaginais mais, malgré de multiples démarches, je n’arrivais pas à persuader quelqu’un qu’il y avait là une nouvelle ressource. Finalement, c’est un des directeurs de la Librairie Hachette, Robert Meunier du Houssoy qui, après avoir examiné mon projet, me dit : D’accord pour participer à ce journal à condition que ce soit vous qui en assuriez la direction. C’est ainsi que je devins éditeur, un peu malgré moi.

CONDUIT PAR DONALD EN PERSONNE !
« Lorsque j’ai montré le premier numéro du Journal à Walt, je connaissais déjà les premiers résultats de vente (plus de 400 000 exemplaires) qui révélaient un succès qu’aucune publication existante dans ce domaine n’avait jamais atteint. J’ai expliqué à Walt comment j’avais raisonné pour concevoir le journal et il m’a confirmé qu’il avait exactement les mêmes conceptions concernant ses films. Il voulait intéresser les enfants mais il s’adressait en réalité à tous les âges. Sans le savoir, j’avais appliqué les mômes principes, pour le Journal de Mickey.
« Pendant les quelques jours que je passai à Hollywood, je découvris avec étonnement l’organisation Disney qui était déjà importante puisqu’elle comportait environ 500 personnes. Le moindre de mes étonnements n’avait pas été, à Los Angeles, d’être attendu à mon hôtel pour être conduit aux studios, par une voiture pilotée par un homme qui ne semblait pas être un chauffeur professionnel. Pendant le trajet, je lui demandai quel était son emploi chez Disney. C’est moi qui fais la voix de Donald, m’explique-t-il et, pendant toute ta route, il ne cessa de parler avec la voix de l’ineffable canard si bien que j’avais l’impression d’être conduit par Donald en personne !
« Walt était débordant d’imagination et de créativité. J’ai beaucoup appris en visitant les studios en en compagnie. Ainsi, dans un coin d’un atelier de dessin, Il y avait une sorte de petite étable dans laquelle, on pouvait voir des moutons, des chèvres, un porcelet, des poules, des canards. Ce sont, m’expliqua Walt, des modèles pour les dessinateurs. J’ai remarqué que les êtres humain ressemblent souvent à des animaux et il suffit de peu de chose pour passer des uns aux autres.
WALT, c’était MICKEY
« Ce goût et cette connaissance des animaux qu’avait Watt s’explique sûrement pas ses origines car, son père ayant été fermier, Il avait passé une grande partie de son enfance parmi les animaux de basse-cour qu’il avait eu ainsi tout loisir d’observer. D’ailleurs, Walt s’identifiait complètement avec Mickey qui était son personnage préféré et il le proclamait volontiers en disant: Mickey c’est moi ! Pendant très longtemps, la voix de Mickey fut la sienne car Walt estimait qu’il était le seul à avoir l’intonation qu’il fallait.
«Après ce premier contact, j’ai revu Walt un an plus tard à paris. Le Journal de Mickey était en plein essor et déjà, un peu partout en Europe, des éditeurs étrangers suivaient nos traces. Walt était devenu un ami avec lequel j’entretins toujours les rapports les plus cordiaux et confiants. Quarante ans après m’être lancé dans l’aventure du Journal de Mickey, je reste persuadé que le secret de la réussite a été et reste encore, la mise en couvre de cette formule que j’avais Inventée dès l’origine « Un journal pour tous les jeunes de 6 à 66 ans ».
Propos recueillis par R. Calame en 1979 pour le N1389 du Journal de Mickey

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