Lesprofs

Interview : Pica & Erroc racontent les Profs

Les dossiers BD

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la BD ?
Pica : En 1966, des profs de français (signe du destin !) amies de ma mère m’ont offert Astérix chez les bretons: C’était étonnant car à l’époque fa BD était mal vue dans le monde de l’éducation !
Bref, à la lecture j’ai reçu le choc de ma vie et décidé de faire de la BD. J’ai commencé par recopier l’album, puis très vite j’ai fait mes propres albums, je n’ai plus arrêté.
Erroc : Moi, j’ai eu envie de faire de ta BD pour devenir riche et célèbre et sortir avec des top-models ! Et puis aussi parce que je ne lisais que de la BD quand j’étais petit, que j’ai été marqué par Astérix, Tintin ou Lucky Luke.
Quand j’avais 10-11 ans, je faisais un petit journal qui s’appelait « Triffouilly » calqué sur le magazine Spirou.
Quand on est gamin et qu’on dessine; on se fait des copains facilement parce que dans une classe, on est « celui qui sait dessiner » et ça, c’est total respect !

Pourtant, votre parcours a été tortueux avant de vous lancer dans la BD…
Pica : C’est le moins qu’on puisse dire !
En fin de troisième, j’ai voulu entrer dans une école de dessin à Paris mais l’examen avait lieu début juin 1968 et… à cause de « certains événements » j’ai reçu la convocation le lendemain de l’examen … Je pensais tenter l’examen l’année suivante, mais une lettre de Morris, le créateur dé Lucky Luke, m’a convaincu de passer mon bac d’abord; tout en continuant mes BD après les cours.
J’ai mené ensuite des études d’architecture. Six mois après mon diplôme en janvier 1978 j’étais pro… En fait, je publiais déjà dans des journaux de BD de façon régulière dès juillet 1976… (ma première BD publiée date d’août 1969).
Erroc : Mon parcours scolaire, des études de sociologie, n’a servi qu’à me laisser du temps pour me poser la question : est-ce que je veux toujours faire le métier que j’envisageais à 10 ans ? J’avais plein d’autres envies : comédien, guitariste de rock, notaire… Mais la BD, c’était mon premier amour, alors…

Comment avez-vous constitué cette galerie de personnages aussi réussie ? Pourquoi ces professeurs-là ?
Erroc : C’est toujours difficile de créer plusieurs personnages d’un coup alors je suis parti sur des archétypes (le débutant, le feignant; la peau dé vache…) en me disant qu’au fur et à mesure, ils gagneraient en épaisseur et en personnalité. Je crois qu’aujourd’hui; c’est le cas.
Pour le castin , j’ai choisi les profs de lycée les plus « classiques » : français, histoire-géo, anglais… Tous les gens qui sont allés au lycée les connaissent.
Après, il y a une part d’imagination et une part de souvenirs. J’ai vraiment eu une prof d’anglais nullissime qui n’arrivait pas à se faire comprendre des correspondants anglais. Tout le monde a eu un prof débutant super stressé qui bafouillait en classe. Et je ne parle pas des nombreux profs blasés que j’ai croisés.
Pica : Ce qui est marrant, c’est que le prof de gym ressemble à un copain de Gilles, mais c’est du hasard parce que je ne le connaissais pas ! D’ailleurs, il paraît qu’il se considère comme héros de cette BD. Éric, c’est lui !

Est-ce que le succès a changé votre vision de la BD ?
Pica : Non, quand on fait une page on ne pense pas au succès, on pense à être efficace, lisible et on espère que le lecteur prendra du plaisir à la lire… La seule chose qui change c’est le côté matériel : on a moins de souci à la fin du mois et l’éditeur n’arrête pas la série comme ça m’est arrivé de nombreuses fois tout au long de ma vie professionnelle.
Erroc : Moi, je me suis toujours considéré comme un saltimbanque dans ce métier. J’utilise ce mot dans le bon sens du terme : un saltimbanque, c’est quelqu’un qui sait faire plusieurs choses pour divertir, et c’est ce que j’ai fait pendant des années dans les journaux.

Votre public a-t-il changé depuis vos débuts ?
Erroc : Au début, on nous a dit « votre public, c’est que des profs », puis on a eu le prix d’Angoulême, et on a vu que les enfants, même ceux qui n’ont pas encore de profs, aimaient notre série ( on s’en doutait un peu puisqu’on paraissait dans Mickey).
Pica : Notre public, ce sont des enfants, des ados, des profs et des gens normaux.

Justement, comment appréhendez-vous la sortie d’un nouveau tome aujourd’hui ? Ca vous angoisse ?
Pica : Pour ma part, je suis anxieux à chaque page que je dessine, alors tout un album…
Je ne vois que les défauts, je ne relis jamais un album je recommencerais tout, ça ne serait d’ailleurs pas forcément meilleur …
Avoir un gros tirage, ça donne le vertige, même si ça fait très plaisir. On ne fait pas de là BD pour n’être lu par personne !
Les files d’attente en dédicaces, même si c’est très fatigant, ça fait, plaisir ! Imaginez qu’à ma première dédicace je n’ai vendu qu’un seul album à côté de Tabary qui dédicaçait des albums d’Iznogoud à la pelle.
Çà vous donne un sacré coup au moral…
Erroc : Angoissé, ce n’est pas le mot, mais je me dis qu’on a vraiment du pot que ça marche et que ça pourrait s’arrêter. Le public est assailli de nouveautés. Des albums de BD, des disques, des DVD, des jeux vidéo…
Alors pourquoi un gamin au budget limité achèterait-il un album des Profs plutôt qu’un jeu Star Wars ?
Je ne peux pas m’empêcher de me poser toujours la même question : cet album est il bon ? Autant que les autres ? Plus ? Moins ? Et puis à partir du moment ou le nouveau tome est en librairie, on ne peut plus RIEN faire.
Alors autant rester zen et attendre les réactions.
Pica : Quelle sagesse, ce Erroc !

Dossier presse ©Bamboo.2005

Acheter :