Jefferson ou le mal de vivre

Les critiques BD
  • Ptiluc
  • Vents d\'Ouest

  • C’est d’emblée un titre et une couverture, indubitablement une des meilleures de la bande dessinée francophone. Un rat qui se dirige vers une zone d’ombre située sur la droite dans une position relâchée, l’expression abattue. Comme une touche d’espoir secrètement mêlée de destinée sombre, c’est un Pacush Blues, on le sait déjà.

    Et puis ensuite on ouvre la BD. Instantanément on sombre dans un monde fort et personnel, qui n’a désormais de secret pour personne, on a tous ouvert une BD de Ptiluc un jour ou l’autre.

    Moins loufoque que le premier, peut-être plus frais que les autres, on tombe amoureux de cette BD dans laquelle on se reconnaît. Un parcours initiatique qui est cette déambulation que l’on a dans notre existence, le chemin n’existe que par ce parcours que l’on en fait. Un Lelouch fait de rencontres qui définissent le héros, qui se meut peu à peu et évolue intérieurement, son attachement à la vie va dans ce sens. En fait, notre rat, fatigué de la vie et dépressif, « sinistrosé » selon l’expression de l’auteur, est à la recherche de la paix intérieure et ne pense l’obtenir que par la mort.

    L’approche de Ptiluc est ludique et décalée ; plus exactement le secret des Pacush blues est que les rats sont une vision de notre monde. Nous en pire on pourrait dire. Ils obéissent à des pulsions associables et égoïstement liées à l’individu, l’autre est vu comme un étranger rarement un ami.

    Le graphisme lui donne le vertige, efficace et expressif. On se lie d’amitié avec ces rats et ce, malgré leur caractère détestable, l’univers quasi monochrome constitué de lavis d’encre gris brun colle bien à l’ambiance de ce monde désolé et glauque, essentiellement des décharges.

    Un dessin qui résume à lui seul cet univers atypique, ce sont ces rats morts de rire, un bouquin de Camus – La peste –, entre les mains.

    Un road movie symbolique qui ignore l’empathie ou la compassion, comme une prise de conscience de son destin, à la fin le rat qui en est le personnage central est seul et provoque un cataclysme qui semble-t-il détruira la planète.

    Finalement, ces rats ne sont pas très éloignés de nous, c’est une évidence. L’album se termine par cette mise en garde écologique, ou d’ordre éthique et social, il n’y a pas de certitude. Cette planète qui a été la sienne et l’a porté devient ce monde désolé que l’on a impitoyablement maltraité. Reste le rat central, seul survivant de cet armaggedon. Sa quête de Jefferson se termine de façon émouvante sur un hommage au frère de Ptiluc.

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