La 13 Mission

Les critiques BD
  • Alexis Sentenac & Christophe Bec & Alexis Sentenac
  • Glénat ©

  • Sibéria un monde où l’hiver est extrême les vents glacés balayent les 56 planètes colonisées par les humains à plus de 300 km heure. Une équipe de cinq scientifiques en approche pour rejoindre leurs confrères et étudier la planète qui se crashe à quelques encablures de la station perdue dans les montagnes enneigées. Ils ne possèdent pas d’autre choix que de compter sur leur transport naturel, par -49°. C’est donc à pied dans des combinaisons où tout est recyclé pour la survie. Le voyage commence donc sous l’œil de la fée découverte. Ce n’est plus les encyclopédies ou références de leurs prédécesseurs mais la réalité qui les attend. Un territoire accidenté, une marche difficile où il faut éviter les vers des glaces et autres bestioles ayant réussi à trouver leur bonheur sur cette planète. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises sur leur route une nouvelle créature démesurée et invisible fait son apparition, un gouffre trop net pour ne pas être la construction d’une entité intelligente et notre bonne vieille camarade la mort. Arriveront-ils tous à bon port ou la planète, des êtres venus d’ailleurs, viendront-ils à bout de l’expédition ? Il ne vous reste plus qu’à entreprendre le voyage pour le savoir.
    Alexis Sentenac nous offre de belles perspectives d’espaces infinis où la neige tourbillonne comme des tornades de glace. Il semble aussi à l’aise quand il croque la nature sauvage et ardue, que dans le regard ou la transparence des casques de l’équipe. Nous lisons la peur et l’étonnement face aux situations. L’album épouse les bleus et gris pour mieux nous glacer. Il éclate les cases pour jouer du détail et de la pleine ou demi- page où le paysage prend toute sa dimension inquiétante.

    Il existe une constance chez Bec, Sanctuaire, Bunker, Carthago et son œuvre en général, une récurrence de l’homme face à l’incompréhensible après un passage comme une initiation pour ouvrir la porte par la nature sauvage. Souvent ses personnages se retrouvent confrontés à des cités, civilisations perdues, disparues de nos mémoires dont on ne sait si elles sont extra-terrestres ou peut-être à l’origine de l’humanité. Peut-être une hantise de ces continents perdus Mu ou l’Atlantide que l’auteur cherche désespérément. Il n’est point étonnant que l’on retrouve dans sa bibliographie une adaptation du monde perdu, son œuvre, car elle arpente les mêmes territoires sous des angles différents. Bunker pourrait être un remake de Sanctuaire comme Sibéria 56, s’arrêter à ce constat reviendrait à regarder le doigt qui montre la lune. Bec construit un questionnement qui revient sans cesse, celui de l\’enfermement, du huis clos opposé à l’infini, le sacrifice, l\’univers militaire, et l\’individu confronté à des événements qui le dépassent. Cela nous renvoie aussi à notre place au sein de l’univers, petite peau de sac puant, dirait le maitre zen qui se prend pour Dieu et pleure de n’être qu’un homme. C’est la grande question des origines posée au niveau de l’univers mais qui forcément renvoie à notre petite nature humaine, et à l’individu. Il procède au cheminement inverse du méditant, connaîs-toi pour mieux connaître l’autre et l’univers. De même reviennent les créatures gigantesques jaillies d’un bestiaire où l’infiniment petit se transforme en monstre sur d\’autres planètes. Sibéria 56 pose de nouveau ces questions et c’est avec plaisir que nous partons encore et encore sur la piste de l’infini au-delà du par-delà.

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