La BD Tintin au Congo n’est pas raciste

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Pressé par le directeur du XX e siècle, Hergé envoie Tintin vanter les charmes du Congo. Fort peu documenté, l’album est par contre un excellent témoignage sur les clichés colonialistes de l’époque.

Pour la nouvelle histoire qu’il allait dessiner, l’idée d’Hergé était d’envoyer son héros en Amérique. L’abbé Wallez ne l’entendait pourtant pas de cette oreille. C’est vers le Congo qu’il voulait que Tintin se dirige, cette belle colonie pour laquelle, disait-il, il importait tellement de créer des vocations.

Il est vraie qu’à l’époque le Congo représentait pour la Belgique à la fois une charge et un Eldorado. Quatre-vingt fois plus vaste que le pays qui le colonisait, pourvu d’un sous-sol d’une incroyable richesse, ce gigantesque territoire était confronté au problème d’une perpétuelle pénurie de main-d’œuvre. Le créateur de Tintin devait donc jouer le rôle d’une sorte d’agent publicitaire.

Nécessité faisant loi, Hergé finit par se soumettre aux arguments de son directeur. Il est pourtant facile de se rendre compte, à la lecture de l’album, que ce sujet ne l’inspira que très modérément.

Il semble que la documentation d’Hergé ait été pour cette histoire encore plus sommaire que pour la précédente, l’auteur se fondant simplement sur les récits de ceux qui s’étaient rendus sur place.

« Pour Le Congo tout comme pour tintin au pays des soviets, reconnut-il plus tard, il se trouve que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque: « Les nègres sont de grands enfants…Heureusement pour eux que nous sommes là!etc. » Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque, en Belgique. »

En 1946, Hergé redessina totalement l’album pour le mettre en couleurs et réduire ses 110 planches d’origine aux 62 pages désormais de rigueur. Par rapport à la première version, cette nouvelle édition se signale par d’assez nombreux changements comme

des transformations idéologiques , les détails les plus grossièrement colonialistes s’étant trouvés remplacés par des éléments plus anodins. C’est ainsi que la leçon de géographie que Tintin donnait sur « votre patrie, la Belgique » est remplacée par une plus neutre leçon d’arithmétique.

Malgré cette sérieuse toilette, l’ouvrage connut, à partir de la fin des années cinquante, une assez longue période de disgrâce qui, si elle ne rendit jamais le livre aussi introuvable que Tintin au pays des Soviets, fit qu’il fut pendant de longues années fort difficile de se le procurer. L’époque était à une décolonisation souvent douloureuse et l’album semblait de nature à blesser les Africains.

C’est pourtant dans une revue Zaïroise que l’histoire allait reparaître pour le première fois, au début de 1970, précédée d’une introduction qui me semble constituer le jugement le plus avisé jamais porté sur ce récit.

« Tintin au Congo, ce fut, pour plusieurs générations d’enfants belges, le premier contact avec ce fabuleux pays dont-ils entendaient parler : le Congo.

Le Congo que découvre Tintin, c’est naturellement, le Congo de papa et même, à y regarder de plus près, le Congo de grand-papa. C’est un pays hostile où les chiens imprudents, comme Milou, s’ils ne regardent pas où ils mettent leurs pattes, risquent de se retrouver dans le ventre d’un boa constrictor au demeurant débonnaire. C’est un pays où les missionnaires à longues barbe bravent les bêtes sauvages pour évangéliser des Congolais, naïfs, crédules, à des milliers de kilomètres de chez eux.

Le Congo de Tintin, c’est aussi un si extraordinaire terrain de chasse que les antilopes s’accumulent les unes sur les autres sans que le chasseur distrait s’aperçoive que celle qu’il vient de tuer sans le savoir a été remplacée immédiatement par une autre qu’il ne peut pas rater (pour le prestige!).

Le Congo de Tintin, c’est surtout une sorte de paradis terrestre retrouvé par l’homme blanc qui, il y a trente ans comme aujourd’hui est à la recherche de cet Eden où il pourrait, enfin,goûter le bonheur d’une humanité fraternelle.

Cette humanité fraternelle, pour Hergé, c’est celle des Congolais. L’humanité fraternelle est évidement peuplée de gens simples. Et ces gens simples, puisqu’ils sont noirs, ont naturellement des visages épatés et s’ils parlent, ils parlent évidemment « petit nègre »: ce babil que ceux qui n’ont jamais vu l’Afrique que dans leurs rêves et les peuples descendant de l’Afrique que dans les clichés désuets de la Case de l’Oncle Tom prêtent aux enfants des hommes à peau noire!

Il y a une chose que les blancs qui avaient arrêté la circulation de Tintin au Congo n’ont pas comprise. Cette chose, la voici : si certaines images caricaturales du peuple Congolais données par Tintin au Congo font sourire les Blancs, elles font rire franchement les Congolais, parce que les Congolais y trouvent matière à se moquer de l’homme blanc « qui les voyait comme cela! »

Oui on peut rire de la bêtise humaine. Comme les hommes blancs ou noirs qui ont du plaisirs à rire à la lecture de Tintin au Congo, on peut ce permettre de rire de la bêtise de la Commission for Racial Equality qui a jugé que Tintin au Congo contenait des préjugés racistes abominables. On peut rire de la bêtise de la chaîne de librairies Borders qui a retiré l’album des rayons enfants. On peut rire du manque d’intelligence et de discernement d’un étudiant Congolais qui a déposé une plainte en Belgique contre l’album.

On ne peut rire ni ce moquer du racisme en lui-même.

Mais quel comportement un citoyen du monde peut-il avoir vis-à-vis des association anti-racisme qui ce battent contre un album de Tintin quand en face le livre du moustachu du 3 Reich revient dans les bacs des libraires et cela de par le monde?

Deux poids deux mesure, et on dit pourtant qu’elle tourne cette planète de dingue.

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