La crise dans l’édition

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La sortie de la crise sanitaire en France ne va pas se faire sans mal pour le monde de la culture. Nous allons ou nous sommes déjà dans une faillite économique qui va laisser des traces sur plusieurs années. Pour les salles de cinéma ou les producteurs de films ou de pièces de théâtre, la reprise s’annonce difficile. Les spectateurs vont réfléchir à deux fois avant de faire l’achat d’un siège. La question qui se posera sera de savoir si son voisin n’est pas un des derniers malades contagieux. Une psychose qui ne prendra jamais fin, surtout si, comme l’annonce le gouvernement, il est possible que nous ayons plusieurs périodes de confinement avant la mise en place d’un remède ou d’un vaccin.  Bref, les salles de spectacles vont souffrir et derrière eux, les artistes.

Pour l’édition du livre, le choc va être encore plus brutal et rapide. Les éditeurs ont presque tous retardé les sorties des nouveautés. On parle aujourd’hui de plus de 6000 ouvrages. Et le chiffre augmente rapidement, car il ne faut pas oublier qu’en temps normal nous avons une moyenne de 200 nouveautés par jours sans prendre en compte les rééditions. Même si les équipes des éditeurs travaillent doucement, les maquettes des prochaines parutions sont toujours en préparation. Et c’est sans prendre en compte toutes les sorties prévues pour la rentrée littéraire de septembre prochain. Nous prenons la route d’un immense raz-de-marée en direction des libraires qui eux vont avoir une autre logique au moment de la reprise. Après deux mois d’arrêt de travail, les libraires vont devoir chercher de la trésorerie afin de pouvoir payer les charges, les salaires et les nouvelles commandes. L’argent se trouve dans les stocks des livres qu’ils vont mettre en retours des distributeurs. Ce sont d’autant de livres parus avant le confinement qui sont déjà mort-nés. Et ce retour va être terrible pour les éditeurs qui vont devoir faire des remboursements aux distributeurs. Avec de possibles retours à 100% et l’impossibilité de mettre en stock les exemplaires par faute de place ou de moyen, ce sont des centaines de milliers de livres qui vont partir au pilon. Ceci représente une perte sèche qui va entraîner des fermetures chez les éditeurs, notamment ceux qui utilisent le système de la cavalerie qui consiste à payer l’imprimeur plusieurs mois après avec les ventes des nouveautés. Sans entrée d’argent, ils n’ont plus de trésorerie et ils devront se déclarer en faillite. Ce qui, comme pour les vases communiquant, va déclencher une perte de chiffre d’affaires pour les imprimeurs…

Le raz-de-marée qui s’annonce ne va pas sauver les éditeurs. Plus nous avons de nouveautés moins on vend par titres. Et en face, le lecteur, le client qui fait l’achat, va avoir bien d’autres choses à faire que d’acheter un livre. Même s’il est évident que le confinement redonne le plaisir de la lecture, le retour à la vie « normal » va être des plus difficile. Pour ceux qui auront cette chance. Pour les autres, ceux qui ont perdu un proche ou pour ceux qui vont être au chômage suite à la fermeture de son entreprise, l’achat d’un livre va être réellement secondaire. L’industrie de la culture va fonctionner au point mort.

Les autres perdants vont être les auteurs, ceux qui ont voulu faire de leurs métiers écrivain ou dessinateur. Face à la disparition de plusieurs éditeurs, à la baisse du nombre de nouveautés qui était déjà en préparation, à la diminution du volume des ventes par titres, le pouvoir d’achat des auteurs va être dans le rouge pour une grande période.

Nous allons vers un Nouveau Monde, oui, mais lequel ? Peu importe la réponse, elle passera par une période de crise, de manque de confiance envers les pays voisins, par une économie en faillite et sans ressource, dans le but de survivre en sortant la tête de l’eau quitte à couler l’autre. L’anarchie n’a qu’un seul ennemi : la culture, le savoir, le plaisir de lire et d’écrire.

La culture doit être l’exception française. Bien entendu, à cette minute, l’argent doit être en direction de la médecine. Mais ensuite, quelle utilité d’être en vie si nous n’avons pas de culture à la Française. Quelle idée de vivre sans le plaisir de lire, de voir un film ou de se rendre au théâtre ?

L’état doit sauver le patrimoine. Et vous, vous devez aussi aider ceux qui travaillent pour cela. Achetez des livres maintenant sinon demain vous n’aurez plus rien.

Bien entendu, il faut mettre au premier plan tous ceux qui en cette minute se battent dans les services de santé pour sauver des vies. Je suis certain que vous leur rendez hommage, comme moi.

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