Le comique remplace la bétise à Angoulême

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   Le feuilleton du \ »coup fourré\ » continue… et il ne manque pas de sel (et de piquant) ! Un entrefilet publié aujourd\’hui dans \ »Charente Libre\ » (voir photo) en dit beaucoup, et appelle quelques remarques et informations complémentaires. Lisez-moi jusqu\’au bout, révélations garanties !

1. « La mairie mentirait selon 9eArt+ » : parole d\’expert !

Franck Bondoux a affirmé au journal \ »Le Point\ » que la mairie était au courant du dépôt de marque. Mais lorsque \ »Sud-Ouest\ » lui demande des précisions, ils se fait… moins précis : il assure simplement avoir parlé dès l\’été à Samuel Cazenave et Patrick Ausou de son « souhait de voir, sans attendre 2015, la forme et le contenu de la relation de 9eArt+ à l\’association et au festival renégociées ». Hem, ce n\’est pas tout à fait la même chose…

2. Quelle version croire ?

L\’explication donnée initialement par Franck Bondoux pour justifier son déloyal dépôt de marques (\ »pour protéger le festival\ ») n\’ayant eu comme effet que de déchaîner à Angoulême des éclats de rire qui ont résonné jusqu\’au ministère de la Culture et au CNL à Paris, il change d\’air et joue celui du dépit, insinuant au passage que l\’association du FIBD est décidément peu fiable et incapable, comme il l\’a souvent laissé entendre. Comme le pointe \ »Charente Libre\ », cette deuxième explication n\’est guère plus crédible que la première, puisque ce dépit se serait forgé en quelques jours seulement : quelle impatience !

3. Comique (c\’est à ça qu\’on les reconnaît : ils osent tout)

Franck Bondoux aurait « proposé il y a plusieurs mois un avant-projet visant à développer le Festival d\’Angoulême © ® ™, en synergie avec tous les acteurs de la bande dessinée et de l\’image, professionnels et bénévoles, pour assurer la pérennité définitive de la manifestation. » Quand on sait avec quel acharnement il a systématiquement exclu la plupart des \ »acteurs de la bande dessinée\ » locaux des activités du festival, que ce soit l\’EESI (avec la mise à mort de la traditionnelle exposition du Grand Prix de l\’EESI qui vit se succéder sur les cimaises du Vaisseau Mœbius Ben Katchor, Kiriko Nananan, Jochen Gerner, Dominique Goblet…), la Cité de la BD (de la maison des auteurs à la librairie en passant par le musée, la bibliothèque, le cinéma), les auteurs et éditeurs indigènes, il y a de quoi être surpris. Quand je pense que lors de ma dernière rencontre avec Franck Bondoux, le 17 décembre 2013 au Sénat en compagnie de Michel Boutant, il a martelé qu\’il ne voulait à aucun prix travailler avec la Cité (ajoutant que « les salariés de la Cité, confrontés au rythme de travail de l\’équipe de 9eArt+, seraient tous en arrêt maladie au bout de quinze jours » – encore des incapables méprisés par ce patron aussi arrogant qu\’ignorant de ce qui se fait à Angoulême toute l\’année), je ris jaune !

4. Un coup fourré peut en cacher un autre, encore plus gros !

Franck Bondoux « se défend d\’avoir dans l\’idée de déménager le festival », selon \ »Charente Libre\ », qui croit utile de préciser que ça « ne fait pas partie du débat ». En est-on si sûr ? Au \ »Point\ », Franck Bondoux déclare avec une naïveté feinte : « Qui pourrait penser qu\’une autre municipalité, comme Marseille, Nantes ou même Paris, pourrait accepter d\’accueillir une manifestation portant le nom Festival d\’Angoulême ? » Même si l\’on a bien vu le Dakar se dérouler en Amérique du Sud, on adhérera à cette lapalissade. Laquelle nous pousse cependant, du coup, à nous interroger sur la véritable motivation de ce dépôt de marque.
Lorsqu\’en septembre dernier il réclamait la copropriété de la marque \ »Festival international de la bande dessinée\ » (actuellement détenue par l\’association), c\’était sans doute pour pouvoir mieux exercer le chantage habituel à la délocalisation : le président de l\’association, Patrick Ausou, ne déclarait-il pas lui-même il y a un an : « D’autres villes sont prêtes à donner beaucoup pour avoir le festival. On n’a jamais prêté attention à ces propositions. Mais on peut changer d’avis. » (Charente Libre, 28 novembre 2013) ?

Mais à quoi sert donc le dépôt des marques \ »Festival de la bande dessinée d\’Angoulême\ » © ® ™ et \ »Festival d\’Angoulême\ » © ® ™ (outre la pierre dans le jardin du FFA, dont Franck Bondoux n\’a pas apprécié la naissance) ? Ces dépôts n\’ont pas été faits sur un coup de tête : ils ont même été opérés en toute discrétion par l\’avocat de 9eArt+, Me Renaud Montiny. C\’est que Franck Bondoux est un malin qui anticipe. Il sait ce qui est arrivé à son prédécesseur Pierre Pascal, directeur du Salon d\’Angoulême qui était parti organiser, avec Jacques Glénat, un grand festival à Grenoble, et qui s\’y était cassé les dents au bout de deux ans (1988-1989) parce que la ville d\’Angoulême avait maintenu son festival, avec l\’aide de l\’équipe de préfiguration du CNBDI, et avait augmenté le budget de la manifestation. Retenant les leçons de l\’Histoire, Franck Bondoux ne s\’assure-t-il pas tout simplement, s\’il part organiser un festival ailleurs (en claquant la porte demain, ou bien tout simplement en 2017, à l\’issue de son contrat de dix ans avec l\’association FIBD), de pouvoir empêcher que survive un festival à Angoulême, en se réservant la possibilité d\’attaquer en contrefaçon toute appellation un peu trop proche de ses marques déposées ?

C\’est, à mon avis, tout à fait illusoire, mais il n\’en est pas à son premier coup de bluff, et jusqu\’à présent ses chantages, séductions et bluffs ont toujours eu l\’effet escompté sur les élus successifs. Même Michel Boutant (dont le silence, aujourd\’hui, est assourdissant) s\’y est laissé prendre au printemps dernier, je suis bien placé pour le savoir…

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