Les Campbell T1 Inferno

Les critiques BD
  • Munuera & Sedyas
  • Dupuis ©

  • Dans l’univers des sacripants pirates, la vie ne semble pas de tout repos, moult aventures et péripéties jalonnent la route des canailles qui prennent cette voie. Campbell, le premier d’entre tous, se retire des affaires après la mort de sa femme sans doute pour se consacrer à ses deux filles, Icata et Genova. Ils sortent de temps en temps de leur tanière pour flouer un groupe de pirates de leur trésor, rendre visite à leur ami lépreux sur une île perdue. Ce serait le meilleur des mondes possibles s’il n’y avait, dans l’ombre, l’âme damnée d’Inferno, un Pirate de la pire espèce sans cœur et sans scrupules. Il voue à Campbell une haine féroce, ce dernier la lui rend bien. Campbell n’oublie pas qu’il est à l’origine de sa plus grande douleur, la mort de sa femme. Devenu Baron grâce aux services rendus pour la couronne de sa Gracieuse Majesté, Inferno n’a de cesse de trouver la tanière de son pire cauchemar. Obligé de fuir, suite à une bévue de la pauvre Icata (allez donc éviter les confidences à un jeune garçon blond pour qui votre cœur fait boum !), réfugié en dernier recours sur l’île des lépreux, Campbell sort de l’ombre pour se venger de celui avec qui, vous l’apprendrez en fin de volume, il est lié plus que par la haine.
    Munuera nous propose sa nouvelle série sous forme de mini-histoires. L’ex-dessinateur de Spirou, Navïs avec Jean-David Morvan, se lance dans une nouvelle aventure. Les histoires se succèdent, jouant sur la tradition de la piraterie, tout en s’amusant allégrement et avec bonheur des codes du genre. Nous retrouvons les figures imposées, le gentil pirate, l’ignoble crapule prête à tout pour devenir calife à la place du calife. L’appât du gain et la vengeance rythment ces premières histoires à dévorer sans concession. Munuera ne se contente pas de jouer de la piraterie, vol de trésor avec armée de carton, il rajoute un autre aspect plus lié à la famille. Ainsi Génova, la plus petite, vole le journal intime de sa sœur, cette dernière tombe sous le charme des garçons, etc. Dans le monde des canailles des Caraïbes, cela ne manque pas de sel ou de situations cocasses. Il ne manque que la vengeance à notre tableau pour que le drame puisse se jouer avec moult rebondissements. Cette dernière, plus que de la concurrence, révèle un autre aspect plus fin dans la dernière partie que nous ne vous livrerons même pas sous la torture ou sur une planche face au requin. Munera compose donc une saga qui devrait bientôt connaître son passage à une histoire complète où l’exercice sera plus délicat pour tenir la longueur et garder le souffle, mais l’auteur n’en manque pas. Le dessin en rondeur, les décors précis, les regards expressifs, le sens des ambiances donnent un album abouti. Il n’hésite pas à exploser les cases pour des gros plans de visages, d’îles perdues, de navires dans la tempête. Il surfe sur la vague des univers propres à la piraterie qui, dans un dessin plus humoristique, passe comme un vol de perroquets dans les haubans. Il s’amuse aussi de quelques clins d\’œil à Peter Pan et son capitaine Crochet, les Daltons et autres univers de la jeunesse et de la BD. C’est fin et souvent le propos tient plus du second degré, pour un album à lire de suite.

    ?>