Les étiquettes

Les critiques BD
  • Clark
  • Maison d’Edition Treize étrange

  • L’absence, le vide, le départ après des années quand le silence s’installe que l’on ne dit plus rien, que ce temps qui s’en va. Clark l’auteur de Mélusine la petite sorcière rigolote, neveu du créateur des petits hommes, nous offre une autre face de son talent. Les clowns possèdent tous, à un moment ou un autre, leur Tchao Pantin, ce moment de grâce où la douleur n’est pas encore pleurée, mais brise le cœur. C’est le départ qui lance le crayon, évoque l’absence, la solitude avec les enfants encore accrochés au navire qui, lentement, quitte le quai. Pas de pourquoi, de comment, juste un constat, celui de l’amour qui s’enfuit à la galerie des souvenirs, il ne reste que la case pour dire. Entre la procédure de divorce, le baudrier, cadeau des enfants, le jardin que l’on remet à demain et mille petits riens qui prennent de la place. Sous format de strips à l\’américaine avec tendresse et poésie, Clark évoque le quotidien. Comme pour sa partie moins rose, moins humour, nocturne, un choc dans ce monde onirique, déjà l’absence posait ses ailes, étendait son drap de brume. Les étiquettes, celles que l’on porte en soi, celles que l’on met sur nos amis, sur le passant, la fille de passage, celles que l’on vous donne. Ces petits morceaux de mots, fragiles ou violents qui vous définissent. Vous étiquetez dans le grimoire de l’entomologiste de la vie. Clark en sait quelque chose, longtemps vu et même encore pour certains, comme le gentil garçon qui fait rire avec Mélusine ou autres parodies de cosa nostra, pas violent pour deux sous.
    Bien qu’il faille relire Mister Président et Dr Bonheur, durant l’exposition continue, jouant parfois d’un ton plus acerbe, plus mordant. Il faut gratter l’étiquette, la décoller pour voir une autre face que l’on retrouve dans ce recueil. Il saisit en un mot, un coup de crayon aérien, deux fois rien qui évoque tout un univers. Le trait joue de la brume et des tracés plus forts comme une mélodie où la nostalgie bat le pavé dès hier pour mieux appréhender les lendemains sans elle. Derrière ces morceaux de vie, la demande en mariage, les dédicaces, les enfants, l’oncle malade, se cache un fantôme, une ombre qui n\’a pas encore complètement disparu. Elle renvoie aux beaux jours, quand la douleur que l’on tait, la mort que l’on sent, n’étaient pas là. Clark en humour, comme dans sa veine à découvrir, plus poétique et onirique, nostalgique, pourrait s’apparenter à Claude Sautet. Il saisit le temps qui passe en profondeur juste où se situe l’âme du monde et des êtres. Ce nouveau recueil, une fois de plus, montre un artiste accompli qui, entre le rire et la nostalgie, éveille nos sens et comme la musique, seul Strip à prendre des couleurs, peint en jaune les soleils de la vie. À la fin il est toujours temps de mettre le passé dans la boîte et de déménager pour recommencer.

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