Les Tif et Tondu oubliés par Dupuis !!

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Ce tandem contrasté (un chauve et un barbu) est apparu dés le premier numéro du journal de Spirou. Son créateur, Fernand Dineur, est belge, contrairement à Rob-Vel qui est français. Pas de problème à signaler durant les premières années d’existence du mythique hebdomadaire, de toutes façons, les éditions Dupuis n’ont pas vraiment le choix puisqu’il y a peu d’auteurs professionnels de BD à l’époque, le journal est d’ailleurs principalement composé de traductions de séries américaines. Fernand Dineur a donc en 1940 les honneurs du premier recueil de BD édité par Dupuis (format similaire à celui des huit premières reliures grand format : une particularité, ce recueil propose également la reprise de Bibor et Tribar, deux joyeux marins imaginés par Rob-Vel). Après la guerre, l’occupation nazie, sans doute plus cruelle que par chez nous, puis l’entrée en guerre des Etats-Unis, et l’interdiction des traductions de comics. Arrive alors une nouvelle génération d’auteurs (Jijé en premier, mais aussi Sirius) qui permettent de continuer la publication de l’hebdomadaire au grand cœur. Un certain temps, la pagination de Spirou est réduite à huit petites pages, ce qui reste mieux que rien du tout ! Après la Libération arrivent de jeunes auteurs plein de talent et d’énergie : Franquin et Morris dans l’humour, Hubinon et Paape dans le réalisme. L’émergence des deux premiers tient sans doute aux années passées dans l’atelier de Jijé qui les a pris sous son aile. Hubinon et Paape doivent leur succès aux scénarios palpitant de Jean-Michel Charlier, à la fois pour Valhardi et Buck Danny. Les planches parfois rapides de Fernand Dineur ont du mal à supporter la comparaison, le trait apparaît désuet, trop avant-guerre. Les scénarios ne permettent pas de sauver la mise, car ils sont improvisés à la petite semaine, sans ligne directrice, avec quelques éléments empruntés au burlesque. On demande donc à Fernand Dineur de se limiter au scénario, et le dessin est proposé au débutant Will, qui s’acquitte fort bien de la reprise. Fernand Dineur est vexé, il fait partie des tout premiers collaborateurs du journal, et s’estime à juste titre mis à l’écart. Il garde une cartouche secrète : créateur des personnages, il en reste le propriétaire. Donc il va voir le créateur du concurrent Héroic Albums, et lui propose des récits complets de ses personnages. Le responsable, Fernand Cheneval, est ravi de voir arriver des personnages déjà connus en Belgique arriver sur un plateau. Onze récits complets paraîtront en 1949, mais comme ils ne sont pas parus dans les pages de l’hebdomadaire carolingien, ils ne figurent pas dans les Intégrales Dupuis de Tif et Tondu, ni dans l’ancienne formule, thématique, ni dans la nouvelle, chronologique. Ces numéros se vendent au même prix que les Héroic-Albums qui présentent un récit complet de Tillieux (comptez de quarante à soixante euro l’unité chez les libraires correctement achalandés) Bien évidemment, il ne s’agit pas de chefs d’oeuvre ultimes, mais plutôt de curiosités rares. Très choqué par cette manœuvre inattendue, Monsieur Dupuis dut mettre la main au portefeuille pour que les personnages deviennent propriété de l’éditeur, après Spirou et Jean Valhardi. Toujours est -il qu’il s’agit de lectures rares et inattendues. A comparer au dernier Tif et Tondu, dessiné par Blutch sur scénario de son frère Robber pour juger de l’évolution du concept d’une série sur près de quatre-vingt ans.

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