L\’oeuvre d\’Hergé dans le domaine public

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Plus de 30 ans après la mort d’Hergé les vautours continuent à se battre pour l’héritage « tintin ». La Société Moulinsart dirigée par Nick Rodwell n’était plus à une bêtise prêt. Après avoir fait fermer, sous menace de justice, des sites internet réalisés par des passionnées du monde d’Hergé, après avoir tenté d’interdire des pastiches Tintin sous forme de romans, voilà qu’il faut que l’on nous serve une fausse nouvelle la même semaine que la parution du dernier Astérix. Un hasard de date, ou bien est-ce que la réussite médiatique d’Astérix commence à gêner un peu trop la concurrence ? Toujours est-il que nous avons eu droit à une annonce qui n\’en est pas une. C’est une méthode bien connue en politique : quand on n’a rien à dire, on le dit quand même, le plus important étant d’occuper le terrain. Nous avons donc eu droit à une double information.

La première, annoncée par M. Rodwell, c’est que Tintin va entrer dans le domaine public en 2052. En réalité, cette affirmation est fausse ! Ce n’est pas Tintin, mais bien toute l’œuvre d’Hergé qui est concernée. De plus, Hergé étant mort le 3 mars 1983, c’est le 1er janvier 2054 et non pas en 2052 que le domaine public va s’enrichir de toute cette . En France, comme dans l’ensemble de l’Union européenne, les droits d’auteur sont protégés pendant les 70 ans qui suivent la mort de l’auteur. Ces droits sont en principe détenus soit par l’éditeur qui publie les ouvrages, soit par la famille. En France, cette durée de protection peut être prolongée à la condition que l’auteur soit « mort pour la France », c’est l’unique exception. Récemment la famille de Maurice Leblanc a essayé de repousser la date fatidique sans y réussir, Arsène Lupin se trouve aujourd’hui dans le domaine public. Il est certain que cela gêne certaines personnes ! Alors elles essaient de trouver des parades à la loi française, des contournements qui ne tiennent que dans leurs rêves fantasmagoriques. La trouvaille, et c’est la deuxième information, c’est que nous aurons peut-être droit, en 2052, à un nouvel album de Tintin… et la raison avancée pour cette parution serait qu’elle empêcherait Tintin de tomber dans le domaine public…

J’attire votre attention sur ce détail : on ne parle pas ici de l’œuvre d’Hergé dans sa globalité mais de l’unique protection de Tintin. Quid du reste ? Cela ne rapporte donc plus suffisamment d’argent pour qu’on s’y intéresse encore ou même qu’on le mentionne ! Adieu mes petits garnements… Mais le pire reste à venir. Sous couvert de partenariat avec Casterman, il serait possible en 2052, d’avoir droit à une nouvelle histoire de Tintin, dessinée par de nouveaux auteurs, encore l’effet Astérix, décidément. Rien ne vous choque ? Depuis 30 ans, Moulinsart essaie d’interdire les albums hommages, les pastiches, sous prétexte que l’on se doit de respecter les désirs d’Hergé qui ne voulait pas que Tintin puisse avoir des nouvelles aventures sans lui ! Et voilà que maintenant, pour un prétexte fallacieux, cela deviedrait possible… la dernière année du contrôle de la fondation sur Tintin. Il est passé où, le respect dû à Hergé ?

Le pire reste à venir, car tout cela ne va rien changer à la situation, l’œuvre d’Hergé tombera quand même dans le domaine public mais, effectivement, la règle du jeu sera différente à cause des licences. Tintin et les autres personnages de la série sont déjà des marques déposées par Moulinsart qui, aujourd’hui comme en 2053, seront les seuls à pouvoir les utiliser. Quiconque voudra créer une nouvelle histoire avec des personnages ayant les mêmes noms devront en demander la permission. La chose est possible uniquement si Moulinsart utilise les noms. Il ne suffit pas d’en avoir les droits il faut aussi apporter la preuve de leur utilisation. Si d’ici 2053 aucun album ne sort avec le nom de Tintin, n’importe quel éditeur ou auteur pourrait gagner le droit de l’utiliser devant la justice française, et avoir le droit de créer de nouvelles aventures.

En revanche, même si Moulinsart et Casterman réussissent à sortir un nouveau Tintin, l’œuvre d’Hergé tombera quand même dans le domaine public, et n’importe quel éditeur pourra éditer ce qu’il veut sans avoir à en demander la permission, et même sans payer quoi que ce soit à qui que ce soit, la seule condition étant de respecter l’œuvre par le droit moral. C’est ce qui se passe avec Popeye de Ségar. L’œuvre de Ségar est dans le domaine public, et on peut rééditer les albums de Popeye, mais le nom du personnage étant une marque sous licence, il est interdit de créer de nouvelles histoires sans payer les droits d’utilisation.

M. Rodwell a dit qu’il faudrait changer la loi. Eh bien, qu’il change de profession et qu’il fasse de la politique, qu’il se fasse élire et il pourra peut-être changer cette loi qui le dérange, mais en Belgique, car en France il n’est pas question de modifier cette loi. Pour mémoire, Tintin est belge… tout cela n’est donc sans doute qu’une nouvelle blague belge !

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