Quand l’assiette au beurre se battait contre la censure

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Le numéro 235 de l’Assiette au beurre du 30 septembre 1905 est sortie comme toutes les semaines. Cette revue satyrique fait pour une fois dans la bonne mesure. Le sujet de la semaine est « La graine de bois de lit » en simple c’est la vie des enfants du peuple comme des bourgeois. Les dessins sont de Poulbot, célèbre dessinateur de son époque qui aime dessinée les gosses (dessins qu’on a finit par appeler des poulbots). Il aura même le droit qu’une rue de Montmartre à Paris porte son nom. Mais en 1905, Poulbot et la revue l’Assiette au beurre ne sont pas en odeur de sainteté. Les dessins ce trouvant dans ce numéro 235 nous apparaissent drôle et plein de bon sens. Et pourtant la censure va passer par là.

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Dans le supplément du numéro 238 du 21 octobre 1905, un grand encart est consacrée à ce sujet.
En voici un résumée du papier:
Pornographie
Le numéro de l’Assiette au beurre portant la date du 30 septembre dernier après avoir été mis en vente par la maison hachette, a été retiré des bibliothèques des gares. Il paraît que ce numéro était pornographique!

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Donc, les si comiques et lamentables petits miséreux dessinée par Poulpot – avec un talent auquel tous les artistes rendent hommages – ont alarmé certaines pudeurs, et ces pudeurs ont crié haro ! Sur la graine de bois de lit. Pauvres gosses voués aux futures vengeances sociales, pauvres petit apaches en herbes, avant même d’outrager la société qui vous guette et qui vous réserve ses prisons et ses bagnes, voila que vous outragez la morale! La morale!… savez-vous seulement ce que c’est?

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Nous ne ferons pas aux directeurs de la maison hachette l’injure de supposer un seul instant qu’ils ont pu voir de la pornographie dans l’œuvre de Poulpot. Des gens éclairés, des gens de goût, des gens simplement intelligents ne pouvaient se méprendre sur la valeur artistique de ces dessins -qui suffisait déjà à exclure toute idée de scandale – non plus que sur la partie sociale de ces légendes qui forcent le rire, mais qui font pleurer.

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Mais il y a en ce moment, de par le monde, et spécialement dans une région de notre belle France, une bande organisée de malfaisants imbéciles qui dénoncent, pourchassent et poursuivent toute œuvre d’art susceptible d’évoquer, de si loin que cela soit, la différence des sexes. On a dit cent fois, mille fois, les bévues commises par feu la Censure dramatique. Il est grand temps de signaler les sottises et les âneries des nouveaux censeurs officieux qui épluchent les journaux illustrés, découvrent des obscénités dans des bâtons de chaise ou dans des verres de lampe, torturent la légende la plus inoffensive pour y trouver un sens pornographique, et dans l’étude, comme dit Rabelais « est toute consacré à la lecture des livres pantagruéliques, non tant pour passer le temps joyeusement que pour nuire à quelque un méchantement…

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Un des chefs de cette bande de nigauds est M.Heurteau, directeur de la compagnie d’Orléans. M.Heurteau? Oui, oui, parfaitement, vous le connaissez bien, celui-là même qui escomptait dernièrement avec les fonds de ses actionnaires, une traite d’un million à son ami Cronier. M. Heurteau, un de ces hommes pudiques que scandalisèrent tout particulièrement les gosses de Poulpot.

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Chaque fois qu’un journal est poursuivi en police correctionnelle pour outrages aux bonnes mœurs – car c’est ainsi que se nomme le délit de publication légère – on trouve dans le dossier, invariablement, une dénonciation signée d’un père de famille indigné!! M. Heurteau ne serait-il pas cet indigné courage ment anonyme. En tout cas, les actionnaires de la compagnie d’Orléans aimeraient certainement mieux qu’il appliquât ses qualités de bon père de famille à la gestion de leurs intérêts.

Un autre censeur amateur – et forcené – s’appelle Roedel et exerce, à Bordeaux, la profession de fabricant de conserves. Il est le frère d’un avocat général à la cour d’appel : l’un dénonce, l’autre poursuit. Cette famille de… conservateurs qui a un pied dans les boîtes de sardines et l’autre dans la magistrature vous semble-t-elle très compétente pour juger des œuvres d’art?

L’assiette au beurre se soucie peu du préjudice matériel qu’ont pu lui causer quelques pudibonds crétins en faisant interdire la vente, dans les gares, du numéro de Poulpot. Mais elle saisit l’occasion d’avertir les artistes qu’ils peuvent et qu’ils doivent se défendre. Pour cela, ils n’ont qu’à se rendre compte que le délit d’outrage aux bonnes mœurs est le seul délit qui ne soit pas défini par la loi.

Fin du résumée

Voici des photos des dessins incriminées.

Provenance de la collection Mr Georges.

A vous de vous faire votre propre idée sur le sujet de la censure.

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