Rapport 2009 de l’ACBD 1/2

Les dossiers BD

UNE ANNÉE DE PUBLICATIONS

 

EN BANDES DESSINÉES

 

SUR LE TERRITOIRE FRANCOPHONE EUROPÉEN :

 

 

2009 : une vitalité en trompe-l’œil ?

 

 

            Dans un contexte de crise économique et une époque de grand chambardement numérique, l’édition de bande dessinée, toujours aussi dynamique, tente de faire converger son savoir-faire avec d’autres médias, tout en continuant à diversifier son lectorat traditionnel : d’où une nouvelle augmentation du nombre d’acteurs du secteur et de la production, laquelle a tendance à se réfugier vers les valeurs sûres ; le tout accompagné d’un certain tassement du marché.

 

 

* Production – Décélération (2,4% au lieu de 10,04% en 2008) de la progression de la production avec 4863 livres de bande dessinée publiés en 2009, dont 3599 strictes nouveautés.

 

* Édition – 9 groupes dominent toujours le secteur en produisant 60% de la production, alors que pas moins de 288 éditeurs ont publié des bandes dessinées en 2009.

 

* Mutation ? – La stratégie du « média-mix » se renforce, le marché balbutiant du numérique prend forme et le 9e art est toujours source d’inspiration pour les autres moyens d’expression.

 

* Traduction – 1891 bandes dessinées étrangères (1429 viennent d’Asie et 312 des USA) ont été traduites : une progression de 0,5% par rapport aux nouveautés (pour 3,86%, en 2008).

 

* Réédition – Augmentation, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, des nouvelles éditions et intégrales : 892, contre 821 en 2008, dont 177 œuvres datant de plus de 20 ans.

 

* Mobilisation – 1439 auteurs (1416 en 2008) tentent de vivre avec la bande dessinée, en Europe francophone, et certains d’entre eux sont mis à l’honneur dans les grands médias.

 

* Prépublication – Il n’y a plus que 64 revues spécialisées en bande dessinée (71 en 2008) : un déclin qui traduit les difficultés à se réformer pour ce secteur bien embouteillé.

 

* Optimisation – 99 séries (4 de plus qu’en 2008) ont bénéficié d’énormes mises en place et ont continué à se placer parmi les meilleures ventes, tous genres de livres confondus.

 

 

N.B. : la moindre utilisation de ces données ou d’une partie d’entre elles doit être obligatoirement suivie du copyright : Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

 

 

Merci aux attachés de presse ou responsables éditoriaux qui nous ont communiqué les chiffres des tirages (Ahmed Agne, Sébastien Agogué, Jérôme Aragnou, Anabelle Araujo, Marlène Barsotti, Cécile Bergeret, Thomas Bernard, Frédéric Bosser, Marine Bourgeay, Elise Brun, Dominique Burdot, Alain Cahen, Sophie Caïola, Anne Caisson, Stéphane Caluwaerts, François Capuron, Paul Carali, Didier Chalufour, Agnès Charvier, Sophie Chédru, Jérôme Chélim, Bénédicte Cluzel, Evelyne Colas, Bernard Coulange, Sébastien Dallain, Ariane Danezis, Marie Decrême, François Defaye, Kathy Degreef, Sylvie Duvelleroy, Serge Ewenczyk, Marie Fabbri, Bruno Fermier, Thomas Gabison, Vincent Henry, Véronique Huchez, Cédric Illand, Marc Impatient, Michel Jans, Bernard Joubert, Emmanuelle Klein,Jean-Charles Lajouanie, Sabrina Lamotte, Denis Lapière, Thierry Laroche, Émilie Le Hin, Pierre Léoni, Wandrille Leroy, Christine Leriche, Caroline Longuet, Xavier Lowenthal, Maly Mann, Philippe Marcel, Benoït Marchon, Michael Martin, Jérôme Martineau, Pascal Mériaux, Marie Moinard, Olivier Moreira, Thierry Mornet, Laurent Muller, Aline Ngo-Doan-Ta, Frédéric Niffle, Philippe Nihoul, René Park, Daniel Pellegrino, Laure Peduzzi, Bruno Pham, Marc Pichelin, Arnaud Plumeri, Mathieu Poulhalec, Diane Rayer, Fabienne Reichenbach, Estelle Revelant, Florence Richaud, Louise Rossignol, Richard Saint Martin, Sophie de Saint Blanquat, Olivier Thierry, Thierry Tinlot, Frédéric Vidal, Marie-Thérèse Vieira, Hélène Werlé, Giusti Zuccato), et à Didier Pasamonik pour ses précieux et habituels bons conseils.

 

 

* Production – Décélération (2,4% au lieu de 10,04% en 2008) de la progression de la production : 4863 livres de bande dessinée ont été publiés en 2009, dont 3599 strictes nouveautés.

 

Si les indicateurs (Livres Hebdo/I+C, GfK, etc.) ont tous noté un certain ralentissement pendant l’été (particulièrement dans les hypermarchés, surfaces de distribution où se réalise une grande partie des ventes), le marché de la bande dessinée semble, cependant, bien moins affecté que d’autres secteurs économiques : certains éditeurs bien installés parlant même d’une année exceptionnelle, vu le contexte général durci par la crise financière de 2008. Comme d’habitude, il faudra attendre le début de l’année prochaine pour affiner le bilan économique 2009 de labranche bande dessinée dont le chiffre d’affaires est resté stable par rapport à l’année précédente (estimation globale du marché français de l’ordre de 320 millions d’euros en 2008, selon des chiffres communiqués par Ipsos en 2009) ; d’autant plus que le dernier trimestre, et surtout le mois de décembre, est toujours déterminant pour l’activité de ce domaine qui, en tentant, entre autres, de s’adapter au grand chambardement numérique actuel, reste l’un des plus dynamiques de l’édition.

 

Depuis ses origines, la bande dessinée a toujours été un produit en mutation permanente : son histoire montre qu’elle a su s’adapter aux soubresauts de l’économie et aux arrivées des nouveaux supports, médias et autres technologies. Les éditeurs continuent donc d’exploiter de nouvelles niches commerciales, développent leurs activités vers les marchés étrangers et dérivés (cinéma, télévision, jeux vidéo…), remettent en valeur leurs fonds (intégrales, nouvelles éditions…) en les présentant sous de nouvelles formes et, donc, s’investissent dans les premières applications en direction des nouveaux supports technologiques. Ainsi, grâce à son extraordinaire richesse et une importante segmentation de l’offre (qui provoque, évidemment, une augmentation continuelle du nombre de sorties), elle conquiert de nouveaux marchés pour recruter davantage de lecteurs ; et pour la 14ème année consécutive, sa production est encore en progression… 4863 livres appartenant au monde du 9e art ont étédiffusés dans les librairiesfrancophones ou sur Internet en 2009 (4746, en 2008) : soit une augmentation de 117 titres (2,4%), pour 433 et 10,04% en 2008. Le tout représentant 7,48% de la production des livres édités en Europe francophone (pour 7,91% en 2008) : environ 65 000 livres ayant été publiés en 2009.

 

Cependant, cette augmentation est un peu en trompe-l’œil puisqu’on dénombre, parmi ces 4855 ouvrages :

 

892 rééditions (soit 18,34% des parutions bandes dessinées de l’année) sous une nouvelle présentation ou éditions revues et augmentées : contre 821 et 17,3% en 2008, soit une progression de 71 titres ; en période de crise, on va plus facilement vers des valeurs refuges, sources de marges pour les éditeurs puisque déjà amorties.

 

297 Art books et recueils d’illustrations (soit 6,1% des parutions) réalisés par des auteurs de bandes dessinées : contre 271 et 5,71% en 2008, soit 26 titres de plus.

 

75 essais (soit 1,54% des parutions) : contre 62 et 1,31% en 2008, soit une augmentation de 13 titres.

 

et seulement 3599 strictes nouveautés (soit 74% du total des livres concernés par cette spécialité) pour 3592 et 76,79%, en 2008 !

 

Et ces 3599 nouveaux albums parus en 2009 concernent toujours les 4 principaux domaines du 9e art :

 

– les séries asiatiques avec 1460 nouveaux mangas, manhwas, manhuas et assimilés qui sont parus en 2009, soit 40,57% des nouveautés, contre 1453 et 40,45%, en 2008)

 

– et celui des albumsfranco-belges (1471 titres sont parus en 2009, soit 40,87%, contre 1547 et 43,07%, en 2008), dont la production est plutôt stable.

 

– celui des bandes américaines (270 comics sont parus en 2009, soit 7,5%, contre 240 et 6,68%, en 2008)

 

– et celui des amateurs d’albums différents (398 romans graphiques et autres livres expérimentaux sont parus en 2009, soit 11,05%, contre 353 et 9,83%, en 2008), dont la production est en nette augmentation.

 

Alors que les catalogues sont de plus en plus transgénérationnels, segmentés et mondialisés (auteurs européens, américains et asiatiques se mixant de plus en plus), que les collections spécifiquement destinées aux filles se multiplient et que les catégories habituelles proposées par les éditeurs sont toujours aussi difficiles à recenser, 1196 nouveaux albums hors mangas et comics s’inscrivent pourtant dans des séries (contre 1271 en 2008), soit 63,99% des nouvelles créations ou traductions (66,89% en 2008). Ceci permet la répartition suivante où l’on constate :

 

– les hausses des séries historiques avec 316 albums (contre 297 l’an passé) -soit 21,48% du secteur- et des ouvrages destinés aux plus petits avec 185 albums (contre 173 en 2008) -soit 12,57% du secteur-.

– les baisses des recueils humoristiques avec 482 albums (contre 527 l’an passé) -soit 32,77% du secteur-, du fantastique et de la science-fiction avec 239 albums (contre 267 en 2008) -soit 16,25% du secteur- et des thrillers et autres polars avec 212 albums (contre 283 précédemment) -soit 14,41% du secteur-.

– et le retour en force du sexe en BD avec 37 albums (soit 2,52% du secteur) :2009, année érotique ?

 

Toutefois, cette croissance continuelle, dans un marché de plus en plus difficile, ne semble plus être le fait des plus puissants éditeurs puisque ces derniers ont stabilisé leur production : en 2009, ils ont publié 2615 nouveautés -soit 72,66% du secteur-, contre 2657 et 73,97% l’année passée. La hausse est donc principalement due à la « petite » édition qui progresse encore fortement, totalisant 1122 nouvelles parutions –soit 31,18% du secteur-, contre 936 et 26,06% en 2008 : notons aussi que 130 de ces 1122 titres issus de l’édition artisanale sont diffusés uniquement sur Internet ou dans des lieux de vente très spécifiques (contre 89 en 2008).

 

* Édition – 9 groupes dominent toujours le secteur en produisant 60% de la production, alors que pas moins de 288 éditeurs ont publié des bandes dessinées en 2009.

Comme la chaîne du livre va certainement être chamboulée par la révolution numérique qui, pour l’instant, ne fait que brouiller les repères, l’exploitation des bandes dessinées virtuelles risque également de changer complètement le métier d’éditeur et de redistribuer certaines cartes. Ceci dit, pour l’instant, l’éditeur « papier » reste un acteur majeur du secteur bande dessinée, lequel continue d’attirer nombre de nouveaux venus : en 2009, 288 éditeursdifférents ont publié des albums de bandes dessinées (soit 23 de plus qu’en 2008 où il y en avait déjà 265). Paradoxalement, comme les années précédentes, cette diversification structurelle n’évite pas le fait que ce soient toujours les mêmes 9 groupes qui concentrent 2/3 des activités, même s’ils ont, pour la plupart, diminué légèrement leur production.

 

Comme l’an passé, le plus gros producteur de 2009est le groupeMédia-Participations avec 586 titres publiés sous ses filiales Dargaud, Dargaud Benelux,Kana, Le Lombard, Dupuis, Blake et Mortimer, Lucky Comics et Fleurus/Édifa –soit 12,05% de la production (pour 627 et 13,21% en 2008). Toujours à la 5ème place du marché du livre tous genres confondus, Média-Participations a réalisé, en 2008, 32,7% des ventes d’albums en France (en nombre d’exemplaires), ceci d’après des données Ipsos et Livres Hebdo : voir les annexes.

 

Legroupe Glénat (qui a célébré cette année ses 40 ans d’existence) est, quant à lui, le2ème plus important éditeur du secteur : sa part des ventes d’albums en France est de 16%, toujours d’après les données Ipsos et Livres Hebdo mises en annexes, et il est à la 3ème place sur le plan de la production avec 413 titres sous son propre label ou sous ses filiales Glénat Mangas, Vents d’Ouest et Caravelle, mais aussi Drugstore(l’ancien catalogue Albin Michel) et Treize Étrange acquises récemment –soit 8,49% (contre 380 et 8,01% en 2008).

 

Les éditions Delcourt (qui représentaient déjà 10% des ventes d’albums en 2008) sont désormais en 3ème position. La maison mère (dont le catalogue est l’un des plus diversifiés, ayant même racheté, en 2009, celui des éditions Robert Laffont BD), son département manga (via Akata) et sa filiale Tonkam ont publié toujours autant de titres : 482, soit 9,91%, contre 479 et 10,09% l’an passé.

 

Le groupe Flammarion (qui dépend du groupe de communication italien RCS)est encore dans le quintet de tête, à la 4ème place (ayant réalisé 7,7% des ventes en nombre d’exemplaires) : même si ses filiales Casterman, KSTR, Fluide Glacial,Jungle et Librio, n’ont publié que 271 titres en 2009 –soit 5,57% (contre 323 et 6,8% en 2008).

 

Juste derrière (avec 7,4% des ventes en nombre d’exemplaires), on trouve le groupe MC Productions. Ce dernier a, quant à lui, augmenté sa production : totalisant 380 titres sous ses filiales Soleil, Soleil Manga, Quadrants, et Fusion Comics (label de comics créé, à parts égales, par Soleil et Panini) –soit 7,81% de la production (contre 347 et 7,31% en 2008).

 

Un peu plus loin, en 6ème position (5,8% des ventes en nombre d’exemplaires), la partie bande dessinée du groupe leader de l’édition française Hachette Livres, qui comporte désormais les éditions Albert-René (dont la principale activité est l’exploitation d’“Astérix”) en plus de ses autres filiales que sont Pika, Lambert etDisney Hachette, a publié 204 titres –soit 4,19% (contre 172 et 3,62% en 2008).

 

Ensuite, nous trouvons 3 groupes en pleine croissance, tant au niveau économique que de l’activité :

 

Bamboo avec 136 titres –soit 2,8% (contre 129 et 2,72% en 2008) – et 3% des exemplaires vendus.

 

Panini qui a publié 310 titres sous ses labels Manga et Comics –soit 6,37% (contre 279 et 5,88% en 2007) et qui devient le 5ème plus gros producteur de l’année tout en représentant 2,7% des ventes en nombre d’exemplaires.

 

Kurokawa, la filiale manga du groupe Editis, avec 76 titres –soit 1,56% (68 et 1,43% en 2008) – et 2,6% d’exemplaires vendus.

 

Loin derrière ces 9 ténors du marché, notons toutefois quelques outsiders comme les éditeurs de mangas Asuka, Taïfu, Samji et Ki-oon, mais aussi le groupe Gallimard(avec ses filiales Denoël Graphic, Hoëbeke et Futuropolis détenue à 50% avecSoleil), Clair de Lune, Les Humanoïdes associés, le groupe Tournon (Carabas,Semic et Kami),12 bis, Paquet, EP, Ankama, Joker, Hugo BD, Marsu, Graton, Lécureux, Maghen, Zéphyr

 

Cette concentration très forte du marché laisse peu de place auxmoyennes et petites structures (Akileos, Assor BD, Attakus, Coccinelle, Daric, Flouzemaker, Le Gang, Grrr… Art, Idées +, JYB, Kantik, Makaka, Mosquito, Pavesio, P’tit Louis, Signe, Wygo…), aux acteurs de l’édition jeunesse (Bayard/Milan, Calligram, La Fibule, La Gouttière, Joie de Lire, Magnier, Max Milo, Nathan, Petit à petit,Sarbacane…), aux opérateurs littéraires (Actes Sud BD et L’An 2, L’Atalante, Au diable Vauvert, Gawsewitch, Hors Collection, Marabout, La Martinière, Le Seuil…) et surtout aux expérimentations graphiques et narratives des structures alternatives (L’Association, Atrabile, Beaulet, La Boîte à Bulles, Çà et Là, La Cafetière, Cambourakis, La Cerise, La 5ème Couche, Cornélius, Des Ronds dans l’O, Diantre !,Dynamite, Ego comme X, L’Employé du moi,Les Enfants Rouges, Flblb, La Fourmilière, FRMK, Groinge, Hoochie Coochie, Les Impressions nouvelles, Lagarde, L’Œuf, Onaprut, PLG, Rackham, Les Requins Marteaux, Les Rêveurs, 6 Pieds sous Terre, Tabou, Tanibis, Vertige Graphic, Warum, Yodéa…) : voir les annexes pour le nombre de titres parus.

 

Sans parler des nouveaux venus comme les maisons d’éditions de bande dessinée numérique (tel Foolstrip qui est distribué par Extra Live sur les mobiles européens) ou communautaires (Manolosanctis, Sandawe…) et de ceux qui produisent des albums à la demande, sur le modèle de Lulu.com ou Unibook, sites d’auto-publication.

 

* Mutation ? – La stratégie du « média-mix » se renforce, le marché balbutiant du numérique prend forme et le 9e art est toujours source d’inspiration pour les autres moyens d’expression.

 

L’édition numérique est une de ces évolutions non négligeables que les éditeurs traditionnels commencent à prendre en compte sérieusement : même s’il est loin d’être le seul, la bande dessinée estl’un des secteurs qui est très avancé sur le numérique. Mais nous en sommes encore à un stade balbutiant et nous n’avons pas de données précises pour juger de l’importance du chiffre d’affaires de cette forme virtuelle de l’édition, même si l’on sait qu’il est actuellement minuscule : les acteurs les plus avisés estiment, qu’aujourd’hui, il n’y aurait que 0,1% des livres (tous genres confondus) qui se vendraient en fichier numérique, en Europe francophone. On ne sait pas ce qu’il en sera demain, mais ce qui est sûr, c’est que les éditeurs se préparent à un éventuel virage numérique, ne tenant pas à réitérer les erreurs de l’industrie musicale et cinématographique.

 

L’offre commence d’ailleurs à se structurer et se développe rapidement : quelques sociétés se disputent déjà les « best-sellers » du moment, s’alliant souvent activement aux éditeurs « papier » en place.

 

– le développeur Aquafadas, via la bibliothèque Ave ! Comics, propose de prévisualiser en payant, mais aussi gratuitement dans certains cas, plus de 250 albums déjà parus, tout en hébergeant la première bande dessinée créée spécifiquement pour ce support : “Bludzee” de Lewis Trondheim. D’autre part,Ave ! Comics vient de s’associer à la bibliothèque numérique de Relay.com (qui dépend de HDS Digital, filiale du groupe Lagardère, c’est-à-dire Hachette) pour faire coexister 2 boutiques numériques distinctes : les « livres et BD à télécharger » sur ordinateur et les « BD pour appareils nomades » dont les mobiles.

 

Anuman Interactive, désormais filiale de Média-Participations, qui travaille sur des logiciels multi-supports et qui aurait déjà vendu quelque 30 000 bandes dessinées sur l’AppStore. Á noter que Bamboo a aussi signé un partenariat avecAnuman Interactive pour son application BDtouch.fr alimentée principalement par Dargaud.

 

MobiLire qui s’est allié au Groupement des Librairies spécialisées en Bande Dessinée (GLBD), sous enseigne Canal BD, et qui travaille, pour l’instant, avec le groupe Flammarion (Casterman, Jungle ou Audie/Fluide Glacial) et avecSoleil.

 

Forecomm qui annonce un catalogue de 200 titres issus de divers catalogues d’éditeurs « papier ».

 

DigiBiDi qui est un éditeur qui propose des lectures en location, sur ordinateur ou iPhone, pendant une durée limitée qui peut aller jusqu’à 3 jours.

 

Choyooz, marque ombrelle de Extra Live (société de solutions de jeux vidéo pour téléphone mobile), dont la spécificité est de produire pour toutes les formes de mobiles et pas seulement pour les iPhones.

 

– ou encore les bibliothèques numériques disponibles sur le désormais traditionnel Le Kiosque.fr, principal concurrent de Relay.com…

 

Alors que les opérateurs se multiplient, l’édition (principalement le groupe BD du Syndicat National de l’Édition) commence à baliser le terrain de la distribution numérique ; ceci afin de proposer face aux grands opérateurs internationaux (Googleen particulier) une plateforme ou une solution technique commune. Voilà qui va nécessiter de nouveaux métiers, de nouvelles pratiques ou de nouvelles règles économiques et juridiques.

 

Mais les acteurs du secteur se sont déjà confrontés à ces problématiques car ils ont toujours développé une énorme activité secondaire ou dérivée, même si ce sujet brûlant suscite toujours des différends avec les auteurs : la stimulation de la consommation de bandes dessinées due aux nombreuses exploitations télévisées, cinématographiques ou publicitaires (films, dessins animés, jeux vidéo…), le fait que le 9e art soit toujours autant courtisé par les autres industries du loisir (lui amenant ainsi de nombreux nouveaux lecteurs), et que de nombreux projets soient en cours de réalisation, est là pour le démontrer.

C’est donc entre inquiétude et enthousiasme que l’univers de la bande dessinée continue d’investir le monde du virtuel, même si ce dernier reste encore, la plupart du temps, une simple étape pour un unique but final : le livre ; l’économie de ce dernier restant largement dominante, du moins pour le moment.

 

Côté livre, justement, une tendance de fond est la mise en cases des classiques de la littérature : autre preuve qu’en temps de crise, on se réfugie vers des valeurs sûres qui rassurent le consommateur. En 2009, 179 titres ont résulté d’une adaptation d’une œuvre littéraire (soit 4,97% des nouveautés contre 154 et 4,29% en 2008).

 

Et comme les titres qui marchent le mieux sont ceux qui sont développés sur plusieurs médias, les éditeurs se mettent au tempo du « média-mix » en proposant des multi-supports : livres accompagnés de DVD, jeux vidéo, figurines ou CD (à l’instar des pionniers que sont !éditions! et BDMusic appelé jusqu’alors Nocturne, nom de son ancien distributeur). Pour ce faire, ils passent par des filiales spécialisées (telles celles de Média-Participations avec Anuman Interactive et Citel Vidéo), ouvrent carrément de nouveaux départements (l’éditeur de jeux vidéo Ubisoft se lançant avec la maison d’édition Les Deux royaumes) ou s’associent avec diverses sociétés multimédias à l’instar d’Ankama (société qui a explosé grâce à “Dofus”, son jeu vidéo massivement multijoueurs en ligne, et qui se diversifie avec différents labels et filiales inventives comme CFSL Ink).

 

Arrivant sur le marché français en acquérant 2 éditeurs d’animation asiatique (Kaze et Anime Virtual), les géants japonais du manga ShoPro, Shogakukan etShueisha font même du « media-mix » le cœur de leur stratégie en prenant le contrôle d’Asuka et s’apprêtant à lancer des nouveaux ouvrages en français, exploités sous différents supports, par l’intermédiaire de Viz Media Europe.

 

* Traduction – 1891 bandes dessinées étrangères (1429 viennent d’Asie et 312 des USA) ont été traduites : une progression de 0,5% par rapport aux nouveautés (pour 3,86%, en 2008).

Dans le secteur de plus en plus concurrentiel du manga, la nouvelle du rachat de l’éditeur vidéo de dessins animés japonais Kaze par Viz Media Europe, la filiale commune des groupes japonais Shogakukan et Shueisha (détenteurs des droits de 2/3 des « best-sellers » nippons) a inquiété les responsables francophones qui leur achetaient ces licences : Kaze possédant aussi l’éditeur de mangas « papier » Asuka, ils avaient peur qu’ils disposent ainsi d’un camp de base pour se dispenser de leurs actuels partenaires français. Essayant d’être rassurants, les responsables de Viz ont déclaré à la revue professionnelle Livres Hebdo qu’ils n’étaient pas là pour récupérer les licences mais pour développer l’offre avec le « média-mix », en liant la gamme du manga à celle des dessins animés, et en rebaptisant Asuka (qui a traduit 128 volumes en 2009) du nom de Kaze Manga. Évidemment, l’enjeu est de taille, car la bande dessinée asiatique représente, désormais, plus d’1/4 du chiffre d’affaire du secteur et 39,7% de la production du 9e art due à 41 éditeurs différents (au lieu de 36 en 2008).

 

En effet, malgré la difficulté qu’ont les manhwas coréens (107 en 2009 pour 98 en 2008) et les manhuas chinois (23, comme en 2008) à s’imposer sur le marché, -sans parler de la diminution de la création de mangas européens (33 contre 42 l’an passé)-, il y a eu 1429 albumsd’origine asiatique parus en 2009 (contre 1411 en 2008), ce qui correspond à 538 séries différentes (contre 479 en 2008) ; et les 1297 mangas japonais traduits en français (contre 1288 en 2008) ont toujours la faveur d’un fidèle lectorat, plus jeune et plus féminin que celui de la bande dessinée franco-belge, appréciant leur moindre coût, la succession des nouveaux tomes dans des délais très rapprochés et un contenu proche de leurs préoccupations.

 

Comme seuls 10 shônen (séries pour jeunes garçons) ou shôjo (pour les filles) assurent 50% des ventes du secteur, cette progression ne gêne pas les autres segments du marché. D’ailleurs (en comptant Asuka), il n’y a que 9 éditeurs qui tiennent, à eux seuls, l’essentiel de l’économie des mangas traduits en français : Kana en tête avec 30% des exemplaires du secteur vendus en 2008, 136 volumes publiés en 2009 et une reconnaissance critique de son catalogue (le Prix Asie-ACBD a été décerné, cette année, à “Undercurrent” de Tetsuya Toyoda, pendant Japan Expo). Le 2èmeest Glénat Mangas (23,9% en exemplaires vendus et 148 volumes parus) suivi, assez loin derrière, par Delcourt (96 volumes via Akata et 155 volumes par sa filialeTonkam) avec 11,9% et par Pika (10,9% et 188 volumes) ; ensuite, le secteur est détenu, dans une moindre mesure, par Kurokawa (7,1% et 76 volumes), Panini Manga (4,7% et 117 albums), Soleil Mangas (103 volumes) et Ki-oon (54 albums).

 

Citons aussi les autreséditeurs francophones publiant des bandes dessinées asiatiques et qui représentent, à eux tous, à peine 10% du marché du manga en nombre d’exemplaires vendus (d’après Ipsos) : Bamboo (Doki-Doki), BFL, Carabas(Kami), Casterman (Sakka), Clair de lune (Gakko), 12 Bis, H, Imho, Le Lézard noir, Matière, Milan (Kankô et Dragons) et Taïfu, ou encore Paquet, Samji et Toucan (pour la bande dessinée coréenne) et Toki, Xiao Pan et You-Feng pour la chinoise. Sans oublier certains généralistes plutôt axés seinen (bande dessinée pour jeunes adultes) à l’instar d’Atrabile, Cambourakis, Cornélius, Flblb, Les Humanoïdes associés, Vertige Graphic

 

Il semblerait qu’il y ait encore un potentiel d’élargissement de ce public vu l’intérêt provoqué par les 6 essais sur les mangas publiés en 2009 et l’audience grandissante des principaux sites du Web sur ce sujet : manga-news.com et manga-sanctuary.com ou encore animeland.com, animint.com,mangagate.com,mangaverse.net, mangavore.net, mata-web.com, total-manga.com,webotaku.com… D’ailleurs, grâce aux mangas, le japonais est désormais la langue la plus traduite de l’édition française !

 

Pourtant, les bandes dessinées traduites de l’anglais sont de plus en plus nombreuses : 9 proviennent d’Angleterre et 312 des États-Unis, soit 8,92% des nouveautés (contre 292 et 8,13% en 2008). Les comics mettant en scène les super-héros (“X-Men”, “Spider-Man”, “Batman”…) sont toujours le domaine privilégié dePanini, leader incontesté de ce secteur. D’autres éditeurs, plus ou moins spécialisés dans la bande dessinée américaine, essaient, toutefois, de s’imposer sur ce marché très spécialisé : tels Akiléos, Ça et là, Dante, Fusion Comics, Kymera, Milady Graphics, Organic Comix, Semic, Univers Comics, ou Delcourt (avec les labels “Star Wars”, “Contrebande” et “Outsider”). Signalons enfin que les nombreux sites consacrés à ce phénomène (superpouvoir.com, comicbox.com, buzzcomics.net, marveldc-universe.com, comicsvf.com, comicsplace.net, cablechronicles.com, xbee.net,france-comics.com, comicsheroesreferences.com…) sont, eux aussi, très visités.

 

Les traductions italiennes sont également en pleine expansion (65 titres en 2009 –soit 1,8% des nouveautés-, pour 57 et 1,59% l’an passé), notamment grâce aux éditions Clair de Lune et Mosquito qui tentent, contre vents et marées, d’imposer les fumetti (bandes dessinées populaires en petit format et en noir et blanc) au public francophone ! Par ailleurs, on notera, ces dernières années, la nette recrudescence des auteurs italiens (32 en 2009) publiant directement en français : productions qui ne sont pas considérées comme des traductions.

 

Cependant, comics, fumetti et mangas ne sont pas les seuls fournisseurs de séries étrangères puisqu’on dénombre aussi 20 bandes dessinées d’origine espagnole (contre 28 en 2008), 15 hollandaises, 13 argentines, 7 allemandes, 4 finlandaises ou sud-africaines, 3 israéliennes, 2 norvégiennes ou indiennes… : soit, au total, 1891 traductions -c’est-à-dire 52,5% des nouveautés (contre 1856 et 51,67%, en 2008)-, venant de 22 pays différents.

 

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