Tintin contre l\’éditeur Le Léopard

Actualités

Pas touche à mon héritage

On savait depuis longtemps que la fondation Moulinsart veillait plus que jalousement sur l’œuvre d’Hergé dont elle gère les droits pour le compte de Fanny Rodwell, veuve du dessinateur belge.

Puisque le souhait d’Hergé aurait été qu’il n’y ait plus d’aventures de Tintin après sa disparition, la fondation fait une chasse intensive aux contrefaçons. Si les moyens employés sont souvent disproportionnés et manquent d’élégance, l’on est malgré tout amené à penser que c’est une nécessité pour la protection de l’œuvre. Mais là où le bât blesse c’est quand la fondation –et  elle seule– s’arroge le droit de publier tout ce qui tourne autour de l’œuvre du père de Tintin. Les éditions Casterman, éditeur historique d’Hergé, se sont pliées à ce diktat. Il fut d’ailleurs question, à un moment, de leur retirer les droits de publier les aventures du reporter à la houppette.

Certains par contre ne l’entendent pas de cette oreille. Le Léopard DéMasqué, éditeur français spécialiste du roman humoristique, est l’un de ceux-ci. Cet éditeur a récemment créé une série de romans intitulée « les Aventures de Saint-Tin et son ami Lou » quatre titres sont disponibles en librairie : « Le Crado pince fort » (Nov 2008), « Le vol des 714 Porcineys » (nov 08), « L’oreille qui sait » (janv 09), « La Lotus bleue » (janv 09). Jamais les noms des personnages d’Hergé ne sont employés même si phonétiquement ou analogiquement des similitudes sont évidentes. Le héros principal, le journaliste international Saint-Tin flanqué de son ami Lou (un perroquet bavard comme il n’est pas permis), il est doté d’un ami aussi inséparable qu’aviné, le capitaine Aiglefin, d’origine russe et vivant au Moulin du Tsar. Au détour des pages, on rencontre également le professeur Margarine, éminent cryptozoologue un peu plus à l’ouest et deux agents secrets Yin et Yang qui cultivent l’art du déguisement dans leurs filatures. Bien sûr les titres (de la série comme ceux des bouquins) ne sont pas innocents et visent clairement les amoureux de l’œuvre d’Hergé mais, grosse différence avec les aventures de Tintin, il ne s’agit pas de bandes dessinées mais de romans.

BD-roman. Du pareil au même ? 

Bandes dessinées contre romans. La différence semble sauter aux yeux et il paraissait difficile de pouvoir induire en erreur même un lecteur débutant… Ce n’est pourtant pas ce que l’on pense à Moulinsart ! Pour limer les griffes de ce méchant Léopard, la fondation s’est pourvue en justice en demandant une saisie-contrefaçon. Vers le 20 février, suite à une action de la fondation, la justice, accompagnée de CRS faisait irruption dans les locaux de l’éditeur et saisissait les nouveaux livres et ce qui se trouvait en préparation. Le premier résultat de cette action fut donc la saisie des fichiers informatiques et du stock des ouvrages entreposés chez Volumen, son diffuseur. Par suite, la diffusion du cinquième volume « Saint-Tin au gibet » qui était prévue le 20 mars 2009) se trouve fortement compromise.

Dans un communiqué de presse (voir plus bas), le Léopard DéMasqué s’insurge contre cette mesure et annonce son intention de ne pas se laisser faire et de contre attaquer.  « Les moyens utilisés, peu orthodoxes, par contrainte voire par menace, sont inacceptables!

La sortie de l\’opus 5, \ »Saint-Tin au Gibet\ » prévue en mars est fortement compromise!

Nous n\’acceptons pas ces moyens mafieux qui transforment une œuvre parodique donc légale en un objet de contrefaçon tel que stipulé dans la requête de saisie.

Nous attaquerons donc Moulinsart pour mesures abusives afin de faire respecter la liberté d\’expression face à un dinosaure milliardaire qui bafoue la loi.»

Sur son site, Le Léopard lance une première salve et s’explique sous le titre « Le droit à la parodie bafoué ! Moulinsart confond contrefaçon et parodie, pastiche et innovation, bande dessinée et roman ». Et l’éditeur confirme haut et clair sa volonté de réagir : « Il va de soit que notre Léopard ne va pas rester sans agir et demande actuellement la main levée de la saisie-contrefaçon tout en engageant une action sur le fond auprès de Moulinsart pour procédure abusive, préjudice commercial et financier (nous ne pouvons pas faire diffuser le cinquième opus « Saint-Tin au gibet »).

Si les deux parties vont au fond des choses, c’est vers un double procès que l’on s’achemine. Affaire à suivre donc, mais l’attitude de Moulinsart est-elle uniquement négative pour le Léopard qui bénéficie ainsi d’une publicité qu’il n’avait pas envisagé ?

François Membre

?>