Un géant du comics ! Gene Colan

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Son nom n’est peut-être pas familier aux amateurs de franco-belge, mais il évoquera d’excellents souvenirs de lecture à tout amateur de comics de super-héros.

Né en septembre 1926 à Brooklyn, Gene Colan possède quasiment dés le départ une incontestable habileté graphique ; tout naturellement, il poursuit donc des études artistiques qui lui permettent juste après guerre d’intégrer le précurseur de Marvel, à l’époque nommé Timely Atlas. Il y réalise des milliers de pages en tout genre ainsi que chez ses concurrents, car à l’époque le genre super-héroïque n’a pas la même prédominance qu’aujourd’hui aux Etats-Unis. Il travaille donc sur des séries d’horreur, de western, de romance, de guerre, de policier ou de fantastique. Un apprentissage tout-terrain, où il utilise parfois des pseudonimes !

Il est donc déjà un professionnel expérimenté lorsque la Marvel démarre à partir de 1962. Si le démarrage des séries est principalement effectué par Stan Lee au scénario, avec l’aide de Steve Ditko et de Jack Kirby au dessin, le succès de ces comics modernes de super-héros lui ouvrent les portes de Tales to Astonish (pour Sub-Mariner, alias Namor, Prince des mers de 1965 à 1968) et de Tales of Suspense (Iron Man de 1965 à 1968).

La multiplication des séries Marvel et l’augmentation de leur périodicité (méritées puisque ces titres étaient tout de même moins ennuyeux à lire que ceux de DC, grâce aux talents de dialoguiste enjoué de Stan Lee, et de plus en général bien dessinés) le pousse à multiplier les collaborations. On le verra donc sur Captain America, Doctor Strange, Captain Marvel, Avengers et autres.

Mais sa prestation la plus mémorable chez cet éditeur restera son long séjour sur le titre Daredevil auquel il donnera ses plus belles heures. Avocat aveugle par accident, Matt Murdock plaide brillamment en civil la cause de ses clients le jour et combat le crime en collants moulants la nuit, car c’est aussi un athlète très doué, et sa cécité lui a permis de développer en interne un sorte de système sonar, bien utile pour deviner les formes et les mouvements . Ses autres sens, comme l’ouie, le toucher et l’odorat, ont également été amplifiés. D’ascendance irlandaise, il est évidemment catholique et démocrate. Il sera donc le porte-parole et l’ami de toutes les minorités opprimées (il y en avait un certain nombre aux Etats-Unis et dans leur environnement géographique immédiat). Colan restera longtemps sur ce titre assumant un grand nombre des numéros 20 de 1966 au 157 de 1979, juste avant l’arrivée mémorable d’un certain Frank Miller sur le titre, donc…Cette série fut bien connue en France, car elle était traduite dans les pages du mensuel Strange édité par les éditions Lug. Daredevil s’est confectionné un étonnant bâton-canne muni d’un grappin qui lui permet d’évoluer entre les immeubles de New-York.

Une autre série remarquable par sa longueur (70 numéros) est celle de Tomb of Dracula. Publiée de 1972 à 1979, cette série met en scène, de nos jours, la traque du célèbre séducteur amateur de suçons sanguinolents par un groupe de chasseurs de vampires (où l’on verra apparaître le fameux Blade, interprété par Wesley Snipes au cinéma par la suite). Adaptée par Artima-Arédit, cette série, écrite par Marv Wofman et encrée par Tom Palmer, mériterait d’être reprise chez nous, où les vampires ont une popularité bien antérieure à celle des zombies. Des super-héros Marvel comme le Silver Surfer et Doctor Strange y ont fait de brèves incursions.

 

De 1976 à 1979, Colan travaille également beaucoup sur l’étonnant Howard the Duck, imaginé par Steve Gerber, canard sur lequel George Lucas produira un film bien peu réussi. Il passera principalement le début des années quatre-vingt chez DC, où il dessinera notamment Batman et Wonder Woman, mais aussi des petites séries d’horreur comme Night Force ou de fantastique comme l’excellent Jemm of Saturn. Dans le même temps, il réalise les deux mini-séries policières Nathaniel Dusk : ces pages ont la particularité de n’avoir pas été encrées, les couleurs sont appliqués directement sur les crayonnés. Colan continuera par la suite à privilégier cette technique, et au vu des crayonnés publiés ici ou là en noir et blanc, il faut bien reconnaître leur splendeur. Aux Etats-Unis, les encreurs ont parfois pour tache de compenser les erreurs anatomiques ou de perspectives, de remplir les blancs, et de clarifier l’ensemble. Remarquablement détaillés, les crayonnés de Colan se suffisent à eux-mêmes, et une finition externe ne pourrait qu’en affaiblir l’impact ! Car Colan est un des maîtres du clair-obscur !

Cet article a pour but de rendre hommage à un auteur qui participa activement à l’essor de la Marvel, sans toutefois y obtenir toute la reconnaissance méritée.

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