Un voleur dans la loi

Les critiques BD
  • Vincent Burmeister Jérôme Pierrat
  • Casterman ©

  • Tariel vient de passer 8 ans dans les prisons géorgiennes avant de devenir un Vor, un chef de gang, un parrain. Il doit remplir une dernière mission, rétablir la situation de son Vor en France. Le but est d’implanter la suprématie de son clan en France, la Géorgie et ses nouvelles lois devient trop petite et peu sûre pour les trafics en tout genre. Il n’hésite pas à recruter des Tchétchènes dès son arrivée pour ne pas se salir les mains. C’est la première rencontre avec Milana, la sœur d’Abdul leur chef de gang, un type à cran qu’il ne fait pas bon bousculer. C’est l’occasion de revoir son vieux complice d’enfance Djanashia. Hélas, les retrouvailles s’avèrent bien courtes, la guerre avec les Shanashvili, ne fait pas dans la dentelle. Furax,Tariel se lance dans une répression et une reprise du territoire de grande envergure tout en marchant sur des œufs. Le sang coule, les flingues crachent leur feu de mort et de sang, les lames s’affutent dans l’ombre, la France devient l’enjeu d’une guerre, la seule gagnante sera une fois de plus la mort.
    Dans l’esprit du film d’action, Jérôme Pierrat, spécialiste du sujet, nous propose un album enlevé sans temps mort. Derrière les coups de feu, les coups de sang, la rage d’hommes sans scrupules aussi noirs que leurs âmes, nous sentons le poids de la réalité. Le scénariste connaît sa thématique et nous livre les coulisses d’une guerre que nous ignorons. Les implications des services secrets russes n’hésitant pas à employer les Vor géorgiens pour leurs basses besognes, leur intervention quand la guerre entre les clans risque de déstabiliser la Géorgie. Il nous interroge sur l’influence de la Russie et la notion d’un état qui pourrait bien être aux mains des pires crapules. Il montre avec la chute du mur la venue sur nos territoires d’une nouvelle délinquance qui ne fait pas dans les Bisounours. À travers son dessin, vif et tranché comme la lame aiguisée d’un couteau tchétchène, Burmeister retranscrit toute la force de la violence de ces hommes sans barrières, prêts à tout. Les couleurs débordent, s’étalent comme le sang des victimes, souvent dans les rouges, et bleus. Elles oscillent entre le sang de la vie, la mort et le bleu d’un paradis que ces types n’atteindront jamais. Tariel n’apparaît pas pire que les autres dans ce paysage de sauvages. Son histoire d’amour avec Milana le rendrait presque humain. Jérôme Pierrat montre bien le mikado, jeu d’équilibre entre les différentes factions et ethnies, les uns et les autres se montrent souvent au bord de la rupture, prêts à en découdre pour un mot, un geste. Dans ces conditions, la vie pèse peu et les Vor et leurs affranchis ne doivent pas mener des vies de centenaires. Un premier album vif, au rythme soutenu qui nous montre une bataille sauvage où la France est le décor.

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